Bulletin n°2

Continuons notre analyse sur la question culturelle, de la pratique à la théorie comme vous allez le constater!


Dans un récent article consacré à la dissolution d’une organisation maoïste castillane, le site ‘Voie Lactée’ affirme quelque chose de très intéressant, révélateur de leur nature de classe bourgeoise, intellectuelle-universitaire et pariso-centrée : « Cela donne par exemple un « rock prolétarien » joué par des groupes redskins, et même si cela peut être une contribution, le principe même va à l'encontre des enseignements du communisme pour qui il n'y a qu'une seule culture. Le principe d'une culture « prolétarienne » est une aberration ; la culture prolétarienne, c'est la culture en général repris par le prolétariat en particulier. »

Cela est notoirement faux. Si tel était le cas, comment comprendre le sens de la BATAILLE CULTURELLE, pour l’HÉGÉMONIE culturelle du prolétariat (la classe révolutionnaire, avec ses ‘turk.jpgintellectuels organiques’), prônée par Gramsci comme tâche CENTRALE des révolutionnaires dans les sociétés capitalistes avancées, où la classe dominante ‘tient’ plus par la domination de sa culture que par les armes (alors que dans la Russie tsariste, la Chine de Tchag Kaï-chek ou le Pérou des années 1970, la priorité absolue est évidemment à la préparation de l’affrontement militaire) ?

Les nations, nous dit Kaypakkaya, apparaissent à l’aube du capitalisme ; soit, dans notre partie du monde, l’Euro-Méditerranée, au Moyen-Âge, entre le 11e et le 15e siècle. À ce stade, elles sont effectivement un cadre pour l’émergence et l’affirmation du capitalisme face à la féodalité, que ce soit la féodalité ‘ducale’ ou ‘princière’ locale ou la féodalité monarchique construisant l’État absolutiste, ou encore la féodalité ecclésiastique monopolisant la connaissance. Il est donc vrai qu’à ce stade, elles forment encore des ‘blocs culturels’ interclassistes, relativement homogènes et indifférenciés. Cela apparaît encore dans l’expression ‘fleurie’ voire ‘vulgaire’ (au sein de ‘populaire’) des auteurs roturiers de la Renaissance, comme le fils d’avocat et curé de campagne tourangeau François Rabelais (à l’époque d’ailleurs, le simple fait d’écrire en ‘langue vulgaire’, c'est-à-dire nationale, et non en latin, était un acte de lutte de classe).

Mais ensuite, très rapidement, la culture ‘nationale’ va se différencier selon des lignes de classe, entre une culture populaire ‘plébéienne’ de ce qui n’est pas encore le prolétariat urbain, mais va le devenir à partir de la fin du 18e siècle, une culture populaire villageoise rurale (qui va dépérir à mesure que la société rurale va régresser en alimentant le prolétariat industriel) ; une culture ‘petite-bourgeoise’ des ‘sachants’ locaux (avocats, médecins, intellectuels divers etc.), maîtres d’ateliers urbains et paysans aisés ou autres notables villageois (curé de campagne, notaire etc.) ; et enfin, une culture ‘patricienne’ (aristocratique moderne et grand-bourgeoise intégrée dans le système absolutiste) qui, en évoluant au rythme des forces productives et des étapes de la révolution bourgeoise, va devenir la culture ‘académique’ grand-bourgeoise de notre époque, et qui va tendre, sous la direction de la nation dominante (Bassin parisien en ‘France’), à ‘fusionner’ au niveau du royaume (future ‘République une et indivisible’) pour devenir culture académique d’État.

C’est ainsi qu’à l’époque de Louis XIV, la culture populaire de, par exemple (pour prendre l’exemple le plus ‘français’ qui soit) Champigny-sur-Marne, alors riante bourgade de la campagne francilienne, n’avait absolument rien à voir avec la culture ‘de Cour’ de Corneille (juriste, ‘bourgeoisie de robe’ normande), Racine (fils de notables picards ‘monté’ à Paris) ou Boileau (fils de greffier au Parlement de Paris), tous trois représentants parfaits de la classe dominante de l’époque. Même Molière était issu de la riche bourgeoisie marchande parisienne, bien que, en ‘rupture de ban’, il se soit tourné vers un art plus ‘trivial’ et ‘populaire’ : la comédie de mœurs, dont c’était la fonction sociale à l’époque (servir de ‘soupape’, d’expression encadrée et ‘pour de rire’ de la critique populaire des classes dominantes) et le reste d’ailleurs encore aujourd’hui ; pour autant, d’extraction très aisée, Molière n’était pas un ‘Jamel Debbouze du Grand Siècle’, bien qu’il remplissait une fonction sociale comparable. Cet héritage ‘académique’ est aujourd’hui assumée par la classe dominante (bourgeoisie monopoliste et ses ‘commis’, ses cadres politiques, économiques et intellectuels/culturels), qui n’a pas la même morphologie que celle du 17e siècle (ou même de 1789, 1830 ou 1848), mais sait et assume parfaitement d’où elle vient, le processus historique qui lui a donné naissance. Généralement, l’enseignement littéraire/culturel de notre école bourgeoise se présente ainsi : le Moyen-Âge est un néant culturel où l’on aborde ‘vite fait’ quelques ‘auteurs romans’ comme Chrestien de Troyes ; puis l’on passe aux ‘choses sérieuses’ avec les ‘Siècles’, ‘Siècle de la Renaissance’ avec Rabelais, Montaigne et Ronsard, ‘Grand Siècle’ avec Molière, Corneille, Racine et Boileau, ‘Siècle des Lumières’ avec Montesquieu, Voltaire (le ‘sacro-saint’), Diderot et Rousseau, et enfin le 19e siècle de Victor Hugo (autre vache sacrée), Balzac, Zola etc. etc. ; tout ceci formant le ‘Grand Capital’ culturel de nos dominants.


Et aujourd’hui, rien de nouveau sous le soleil : il y a une culture populaire/prolétarienne du ‘9-3’, de Marseille ou de Toulouse, il y a une culture populaire du Limousin, de la Picardie oucontraportadak43.jpg de la Lorraine profonde, cultures qui mêlent héritage populaire national ‘historique’, apport des vagues d’immigration européennes, apport des ‘colonies intérieures’ (force de travail importée des néo-colonies) et influence de la culture populaire afro-américaine, qui s’expriment à travers toutes sortes d’arts littéraires, musicaux ou encore graphiques, et qui n’ont rien à voir avec la culture académique ‘française’ que ‘Voie Lactée’ étale quotidiennement et voudrait voir ‘reprendre’ par le prolétariat. Bien sûr que selon les principes du léninisme, il y a dans chaque nation ou chaque partie de nation, et aussi – par certains aspects, comme la vie politique – dans chaque État, une ‘formation psychique’ qui relie les classes entre elles et les différencient des classes équivalentes des autres nations ou États, et que c’est ainsi que l’ouvrage de référence de Joseph Staline délimite les nations : par exemple, il y a dans la vie politique bourgeoise italienne un côté commedia dell’arte, permettant l’émergence de phénomènes comme Berlusconi ou Beppe Grillo et desservant le ‘centre-gauche’ bourgeois trop ‘sérieux’ et ‘austère’, alors que dans l’État dénommé ‘France’ (avec quelque nuance dans sa partie occitane), de tels phénomènes ne sont pas possibles car la politique bourgeoise doit rester quelque chose de solennel et sérieux, tandis qu’en Angleterre/Grande-Bretagne, l’excentricité d’un Boris Johnson (maire de Londres) est permise mais doit rester limitée et ‘distinguée’ façon Oxford, au milieu d’une ultra-majorité ‘convenable’ et ‘victorienne’, etc. etc.

TOUT SIMPLEMENT, parce que les nations comme les États contemporains se sont formés sous la direction de la bourgeoisie et sont, outre le cadre dans lequel s’est affirmé le capitalisme, celui dans lequel la bourgeoisie a subordonné les masses populaires à sa conception du monde. Et ceci est précisément ce que nous voulons détruire. C’est en ce sens qu’il faut comprendre l’analyse marxiste de la nation comme ‘étape historique’ (et non comme ‘fait social’, voire ‘biologique’ éternel et immuable, telle que nous la présentent les dominants) : la nation a été le cadre dans lequel la bourgeoisie a affirmé son mode de production capitaliste ET son hégémonie intellectuelle/culturelle ; dans certains cas, comme notre ‘France’, la bourgeoisie d’une nation alliée à la dynastie régnante s’est imposée et a subordonné les bourgeoisies des autres nations (et les masses populaires sur lesquelles elles ‘régnaient’), formant de grands États comme états-majors politico-militaires et idéologiques intégrés dans lesquels elle a absorbé les grandes bourgeoisies des nations subordonnées et mis en place une culture académique d’État ; ce à quoi l’on peut ajouter, à l’époque monopoliste, et en particulier dans sa phase de décadence des dernières décennies, le phénomène de sous-culture produite à destination des masses (souvent par récupération/détournement d’expressions culturelles populaires) ; et AUJOURD’HUI, elles doivent être le cadre dans lequel le prolétariat, à la tête des masses populaires, IMPOSE son hégémonie intellectuelle/culturelle et balaye celle de la classe dominante, pour mettre en marche vers le communisme une partie de l’humanité, qui entraînera inexorablement le reste. Dans les États englobant plusieurs nations, comme la ‘France’, l’’Espagne’ ou le ‘Royaume-Uni’, l’affirmation populaire-révolutionnaire des nations constitutives (ou encore des colonies intérieures) a aussi pour effet de détruire l’État comme appareil politico-militaire et idéologique ‘intégré’ des bourgeoisies constitutives ; ce qui a une fonction révolutionnaire essentielle pour le triomphe (à terme) mondial du prolétariat.


Là est tout le sens de ce qu’affirmait Gramsci, et que n’est pas capable de comprendre l’’avant-garde’ autoproclamée de ‘Voie Lactée’.

Comme le disait, au début des années 1970, le chanteur communiste révolutionnaire Pino Masi, italien comme Gramsci (non par hasard), « la culture des bourgeois ne nous importe plus, nous l’avons mise dans la fosse »… Aux chiottes les pensums sur Corneille, Racine et Boileau !

hugo.jpgDepuis que la bourgeoisie hexagonale a achevé de s’affirmer, en intégrant l’appareil monarchique absolutiste (avant de s’en débarrasser1), elle a achevé de synthétiser sa culture ; et les masses populaires, dans lesquelles a émergé peu à peu le prolétariat, classe révolutionnaire de notre époque, ont continué à sécréter LA LEUR, d’une richesse incomparable, et que leur mission historique est aujourd’hui de faire TRIOMPHER.

1 Il y a la version bourgeoise, façon ‘image d’Épinal, des livres d’histoire à l’école : la monarchie absolue, obscurantiste, arbitraire, opprimait le peuple ; les révolutionnaires (bourgeois), touchés par le ‘Saint-Esprit’ des ‘Lumières’ de Voltaire & co, l’ont donc renversée et ont donné la liberté au peuple (bien sûr, la révolution industrielle qui a suivi fut une période très dure pour le peuple, il ‘suffit’ de lire Victor Hugo ; il y eut des révoltes comme les Canuts lyonnais, Juin 1848 ou la Commune, violemment réprimées, tandis que le régime politique se ‘cherchait’ encore ; mais enfin, dans le cadre finalement institué de la République et de la démocratie parlementaire, tout cela a fini par s’arranger… Aujourd’hui, il y a les ‘râleurs’ professionnels, mais enfin, on est quand même bien mieux en France qu’au Bangladesh, n’est-ce pas ?).

Et puis il y a la réalité, beaucoup plus crédible : l’organisation sociale de la monarchie absolue était, sans doute, devenue trop rigide et dépassée pour le niveau des forces productives atteint par le capitalisme à la fin du 18e siècle ; mais surtout, les masses populaires des villes et des campagnes avaient déjà atteint un niveau de prolétarisation et d’agitation sociale qui a obligé la bourgeoisie à ‘changer de peau’, à se ‘déshabiller’ du régime absolutiste pour revêtir le costume de la monarchie parlementaire ou de la République, et à mettre en avant des idées ‘libérales avancées’, ‘démocratiques’ ou encore ‘social-humanistes’ pour garder le contrôle des masses. Mais son pouvoir était, en réalité, déjà assis bien avant 1789, depuis le milieu du 17e siècle en fait, à la suite de la période allant du début des Guerres de Religion (~ 1560) à la fin de la Fronde (1653). Et, à l’exception du Suisse romand Rousseau, aucun philosophe des ‘Lumières’, ni Voltaire, ni Montesquieu, ni même Diderot, n’était hostile à l’institution monarchique, qu’ils voulaient simplement ‘tempérer’ par un organe consultatif de représentation bourgeoise, plus ou moins permanent, en même temps qu’exclure ou marginaliser l’Église catholique de l’encadrement idéologique de la société (conceptions trop antagoniques au plein développement du capitalisme, ‘parti de l’étranger’ lié à Rome, à l’Autriche et à l’Espagne, etc.).

Aujourd’hui, ces conceptions idéologiques ‘républicaines’, ‘laïques’, ‘libérales/démocratiques avancées’ et ‘social-humanistes’ sont un élément très important du dispositif d’encadrement des masses à travers la gauche bourgeoise, dont le mouvement communiste hexagonal n’a jamais vraiment réussi à s’arracher à la force d’attraction… Ces idées sont même, aujourd’hui, reprises par la droite et l’extrême-droite, qui s’appuient dessus pour ‘défendre la démocratie et les valeurs républicaines’ contre les entreprises ‘totalitaires’ des ‘gauchistes’, de l’islam etc.

Avec la question coloniale puis néocoloniale, l’influence de la peinture mythologique de 1789 a réellement été, depuis un siècle et demi, le poison et le secret de l’impuissance du prolétariat d’Hexagone en lutte pour son émancipation.

Il y a la version bourgeoise, façon ‘image d’Épinal, des livres d’histoire à l’école : la monarchie absolue, obscurantiste, arbitraire, opprimait le peuple ; les révolutionnaires (bourgeois), touchés par le ‘Saint-Esprit’ des ‘Lumières’ de Voltaire & co, l’ont donc renversée et ont donné la liberté au peuple (bien sûr, la révolution industrielle qui a suivi fut une période très dure pour le peuple, il ‘suffit’ de lire Victor Hugo ; il y eut des révoltes comme les Canuts lyonnais, Juin 1848 ou la Commune, violemment réprimées, tandis que le régime politique se ‘cherchait’ encore ; mais enfin, dans le cadre finalement institué de la République et de la démocratie parlementaire, tout cela a fini par s’arranger… Aujourd’hui, il y a les ‘râleurs’ professionnels, mais enfin, on est quand même bien mieux en France qu’au Bangladesh, n’est-ce pas ?).

Et puis il y a la réalité, beaucoup plus crédible : l’organisation sociale de la monarchie absolue était, sans doute, devenue trop rigide et dépassée pour le niveau des forces productives atteint par le capitalisme à la fin du 18e siècle ; mais surtout, les masses populaires des villes et des campagnes avaient déjà atteint un niveau de prolétarisation et d’agitation sociale qui a obligé la bourgeoisie à ‘changer de peau’, à se ‘déshabiller’ du régime absolutiste pour revêtir le costume de la monarchie parlementaire ou de la République, et à mettre en avant des idées ‘libérales avancées’, ‘démocratiques’ ou encore ‘social-humanistes’ pour garder le contrôle des masses. Mais son pouvoir était, en réalité, déjà assis bien avant 1789, depuis le milieu du 17e siècle en fait, à la suite de la période allant du début des Guerres de Religion (~ 1560) à la fin de la Fronde (1653). Et, à l’exception du Suisse romand Rousseau, aucun philosophe des ‘Lumières’, ni Voltaire, ni Montesquieu, ni même Diderot, n’était hostile à l’institution monarchique, qu’ils voulaient simplement ‘tempérer’ par un organe consultatif de représentation bourgeoise, plus ou moins permanent, en même temps qu’exclure ou marginaliser l’Église catholique de l’encadrement idéologique de la société (conceptions trop antagoniques au plein développement du capitalisme, ‘parti de l’étranger’ lié à Rome, à l’Autriche et à l’Espagne, etc.).

Aujourd’hui, ces conceptions idéologiques ‘républicaines’, ‘laïques’, ‘libérales/démocratiques avancées’ et ‘social-humanistes’ sont un élément très important du dispositif d’encadrement des masses à travers la gauche bourgeoise, dont le mouvement communiste hexagonal n’a jamais vraiment réussi à s’arracher à la force d’attraction… Ces idées sont même, aujourd’hui, reprises par la droite et l’extrême-droite, qui s’appuient dessus pour ‘défendre la démocratie et les valeurs républicaines’ contre les entreprises ‘totalitaires’ des ‘gauchistes’, de l’islam etc.

Avec la question coloniale puis néocoloniale, l’influence de la peinture mythologique de 1789 a réellement été, depuis un siècle et demi, le poison et le secret de l’impuissance du prolétariat d’Hexagone en lutte pour son émancipation.

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