Bulletin n°3

Nous continuons sur la question culturelle en participant à la déconstruction historique et sociale de la mythique nation Française et de son Etat la France. Pour plus de précision voir le texte de Servir Le Peuple que vous trouverez ici


Présentation historique synthétique de notre réalité politico-sociale ‘France’ :

  • 10e siècle à 1150 environ : ‘âge roman’, ‘Renaissance médiévale’, apogée du mode de production féodal.
  • 1150-1250 environ : première crise générale de la féodalité ; ‘première Guerre de Cent ans’ (entre Capétiens et Plantagenêts) et ‘conquête de l’Ouest’, guelfes et gibelins (lutte Saint-Empire/Papauté) en Allemagne et en Italie, Croisades (commencées dès 1095, s’accélèrent), ‘Grande Reconquista’ espagnole, ‘croisade des Albigeois’ et ‘conquête du Sud’ occitan, naissance de la Suisse primitive (révolte paysanne-libre contre le Saint-Empire), croisades teutoniques en Europe de l’Est etc. ; première affirmation du pouvoir capétien.
  • 1250-1330 environ : ‘premier absolutisme’ capétien avec Louis IX, Philippe III et Philippe IV le Bel (la crise de succession de ce dernier débouche sur la Guerre de Cent ans) ; royaume en paix intérieure, développement des forces productives et affirmation de la bourgeoisie.carte-fr1732-1.jpg
  • 1330-1480 environ : deuxième crise générale de la féodalité ; Guerre de Cent ans proprement dite puis ‘guerres de Bourgogne’ (contre Charles le Téméraire), grande crises alimentaires et sanitaires (peste) ; pouvoir capétien au bord de l’effondrement mais triomphe (appuyé sur la conscience nationale ‘française’ née au nord de la Loire) et s’affirme définitivement. À ce stade (et définitivement un siècle plus tard), la féodalité n’est plus qu’une survivance, elle n’est plus un mode de production en tant que tel : l’aristocratie et le clergé assument les fonctions sociales politico-militaires et d’encadrement idéologique des masses, mais ce sont la bourgeoisie urbaine et la paysannerie libre et aisée qui assurent le développement des forces productives (aristocratie et clergé ne font plus qu’y prélever l’impôt nécessaire pour rétribuer leurs fonctions).
  • environ 1480 - 1562 : siècle de la Renaissance, guerres d’Italie et lutte contre les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche, mais le royaume est en paix intérieure pour 80 ans ; nouveau développement des forces productives (progrès technique et scientifique considérable, ‘libération’ de la création culturelle) et nouvelle affirmation de la bourgeoisie, avec l’humanisme et la Réforme.
  • 1562 -1598 : Guerres de Religion, nouvelle explosion (sous les drapeaux religieux de la Réforme et de la Contre-réforme) des contradictions ‘triangulaires’ féodalité-monarchie-bourgeoisie, des contradictions ‘interrégionales’ du royaume plurinational de ‘France’ (‘Midi’ occitan sauf Provence et Ouest poitevin-saintongeais huguenots, Bassin parisien, Bretagne, Est et Provence ‘ligueurs’), et des contradictions européennes qui se reflètent en ‘France’ (Europe du Sud plus arriérée – très avancée au début du millénaire, mais ayant périclité – mais ‘dopée’ par l’or espagnol des Amériques contre Europe du Nord plus avancée dans le développement capitaliste, et bastion de la Réforme).
  • 1598 -1715 : ‘Grand Siècle’ d’Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, du ‘classicisme’, de Descartes et Pascal, Molière, Corneille, Racine et Boileau etc. À ce stade, la grande bourgeoisie a totalement trouvé sa niche écologique dans le cadre de la monarchie absolue, prospérant tandis que l’aristocratie et le clergé se chargent de la guerre, de l’administration, du maintien de l’ordre et de l’encadrement des consciences populaires. Elle n’a pas, a priori, de raison de changer cet état de fait. Au plan géopolitique, c’est l’’âge d’or’ international du royaume de France, la langue et la culture ‘françaises’ (de la ‘classe dominante intégrée’ du royaume) deviennent langue et culture dominante en Europe et dans ses colonies de peuplement, équivalent de l’anglais et de la culture nord-américaine aujourd’hui. Les grandes contradictions de la fin du 16e siècle connaissent quelques soubresauts (‘nouvelle guerre de religion’ 1627-29 avec le siège de La Rochelle, Fronde 1648-53) mais globalement la paix intérieure règne. La question religieuse a un aspect géopolitique : lorsque l’ennemi principal apparaît comme les Habsbourg, la monarchie s’appuie sur les protestants, lorsqu’il apparaît comme l’Angleterre et la Hollande, elle les réprime (révocation de l’Édit de Nantes en 1685).
  • 1715 -1815 : ‘Siècle des Lumières’ et Révolution bourgeoise. La bourgeoisie est clairement la classe dominante d’un point de vue économique, la féodalité comme mode de production n’existe plus (depuis plus de deux siècles). Mais elle grossit en permanence de nouvelles couches (phénomène constant jusqu’à la fin du 19e siècle, voir jusqu’au 20e), et le cadre de la monarchie absolue devient trop étriqué et archaïque : parasitisme des classes féodales devenues bureaucratiques (surimposition de la production), fouillis administratif et juridique etc. Les guerres du 18e siècle sont des demi-échecs ou des déconfitures totales, révélant l’incompétence du haut-commandement militaire, qui n’est là que par son ‘sang bleu’, tandis que le ‘génie militaire’ de centaines d’officiers d’extraction roturière ou de petite noblesse est bridé. La bourgeoisie perçoit le phénomène de prolétarisation des couches populaires urbaines et rurales, et l’incapacité croissante de l’Église et de l’aristocratie à encadrer ces masses de plus en plus remuantes. La monarchie seule ne parvient plus à faire face à l’obstruction des résidus féodaux parasitaires, qui ont leur siège dans les Parlements ; la bourgeoisie exige une représentation politique pour leur faire contrepoids et appuyer la monarchie dans le sens du progrès (mais la monarchie refuse, par peur d’être prise ‘entre deux feux’, elle veut ‘se charger seule’ des résistances féodales comme elle l’a fait avec succès depuis le Moyen-Âge). De ces contradictions naît l’idéologie des Lumières, de la ‘Raison’ contre l’obscurantisme clérical, de la ‘Vertu’ contre le parasitisme aristocratique décadent, et de la ‘représentation nationale’ bourgeoise pour épauler la monarchie (l’idée républicaine, en dehors de Rousseau, n’émerge que beaucoup plus tard, pour ainsi dire ‘dans le feu de l’action’ de 1789-92) contre les résistances passéistes (aristocratiques, cléricales, mais aussi… populaires, car le rejet de la prolétarisation s’exprime généralement de manière passéiste à cette époque-là). Cette idéologie produit des ‘avant-gardes’ comme la franc-maçonnerie et conduit à la Révolution bourgeoise de 1789-1815 (et à ses ‘répliques’ de 1830, 1848 et 1870, la bourgeoisie cherchant pendant plus de 80 ans la forme de gouvernement appropriée).
  • 1815 -1880 : parachèvement de la Révolution bourgeoise et révolution industrielle débouchant sur l’époque MONOPOLISTE (impérialiste). La bourgeoisie élimine progressivement (et encore jusqu’à la Seconde Guerre mondiale), en tout cas marginalise totalement, les résidus aristocratiques et cléricaux (catholiques) de l’encadrement des masses et de toute fonction politico-militaire et idéologique/culturelle. Elle produit sa culture et son idéologie de classe désormais ‘seule aux commandes’, ne déléguant plus les fonctions non-productives aux survivances féodales (les ‘figures’ intellectuelles de cette période sont suffisamment connues et trop nombreuses pour ne pas les énumérer ici). Elle est traversée par un affrontement interne entre anciennes et nouvelles couches, ‘anciens’ et ‘modernes’, partisans d’un certain maintien des ‘institutions séculaires’ (Église catholique, haut-commandement aristocratique de l’Armée, monarchie ou en tout cas régime à apparence monarchique – avec le bonapartisme – etc.), des traditions, de l’esprit ‘holiste’ (rejet de l’individualisme, esprit de village, de corporation ou d’unité productive, de ‘petite patrie’ locale et de ‘patrie’ ‘française’, etc. etc.), et partisans de la marche forcée vers la modernité, de balayer de fond en comble ces ‘vieilleries’ pour faire triompher le ‘progrès’ : c’est la ‘droite’ et la ‘gauche’ de l’époque qui, sous cette forme, resteront encore dans une large mesure la ‘droite’ et la ‘gauche’ de la première moitié du 20e siècle. Cependant, dès les années 1830-40, l’émergence accélérée du prolétariat et le développement rapide de sa contestation et de son organisation, puis l’entrée (années 1860-70) dans l’ère impérialiste, donc de la révolution prolétarienne à l’ordre du jour et de la ‘guerre mondiale permanente’ entre puissances impérialistes, obligent à resserrer les rangs. La Monarchie de Juillet (1830-48) se présente déjà comme un régime du ‘juste milieu’ propice aux affaires et au maintien de l’ordre social ; et le Second Empire se présentera de même. Adolphe Thiers affirme dès 1848 la République parlementaire ‘modérée’ (conservatrice, antisocialiste) comme ‘le régime qui nous divise le moins’ (nous = la bourgeoisie bien sûr) ; c’est finalement la formule qui sera retenue après que le Thiers en question ait égorgé la Commune de Paris, premier soulèvement prolétaire/populaire ayant amené à la prise de contrôle d’un territoire (Paris) pour une certaine durée (deux mois et demi).
  • 1880 -1940 : impérialisme consolidé ‘première phase’ ; dans le cadre du ‘régime qui nous divise le moins’ de Thiers, de la ‘République du juste milieu’ (et bien sûr ‘une et indivisible’), prospère la bourgeoisie monopoliste qui va chercher à modeler toute la société à son image et selon ses besoins (d’accumulation, de suraccumulation et de valorisation de son capital). Les nations constitutives de l’Hexagone ‘français’, déjà niées politiquement depuis plusieurs siècles (négation entérinée totalement par la Révolution), vont à présent subir une gigantesque offensive de négation socio-culturelle (de négation comme société civile, dirait Gramsci). Fils spirituel du ‘vieil Hugo’ (‘nous sommes les Grecs du monde’ et ‘ouvrez une école, vous fermerez une prison’), Jules Ferry met les peuples coloniaux d’Afrique, d’Indochine et du Pacifique au travail forcé, et la jeunesse ouvrière et paysanne à la ‘caserne préparatoire’ de son ‘école laïque’, où il est ‘interdit de parler breton et de cracher par terre’ et où l’on apprend ‘tu seras soldat’. C’est que la ‘France’ est entrée dans l’époque impérialiste en récoltant un redoutable nouvel ‘ennemi héréditaire’, le jeune Empire allemand (et le contentieux, outre-mer, avec la ‘perfide Albion’ n’est pas encore tout à fait éteint - cf. Fachoda) : il faut donc mobiliser les masses populaires, en faire de bons petits soldats, non seulement de la production, mais aussi de la ‘patrie’ : de la défense du territoire de l’État (base d’accumulation première des monopoles) et de ses colonies. Il n’est plus question d’aller à l’usine le matin (ou carrément en saison seulement, lorsqu’il n’y a pas travaux des champs), de toucher sa paye le soir de rentrer tranquillement ‘patoiser’ chez soi comme si de rien n’était. Il n’est pas plus question d’échapper au tirage au sort annuel (le service militaire de la ‘nation’ devient universel) en allant se cacher dans les bois, les alpages ou à l’étranger (pour les frontaliers), ou en payant un pauvre hère pour se faire remplacer... Dans le domaine de l’encadrement idéologique des masses, la période voit la poursuite et le point culminant radical de l’affrontement entre l’idéologie républicaine (franc-maçonnerie), qui a donc désormais son école ‘publique, laïque et obligatoire’, et la vieille institution catholique qui est peu à peu marginalisée (lois de 1905 etc.), le ‘choc final’ intervenant en 1940-45, dans le contexte mondial du combat de titans entre révolution prolétarienne et contre-révolution fasciste/fascisante. La bourgeoisie dans son entier a tremblé au printemps 1871 (Commune de Paris), et son aile ‘gauche’ reproche à l’encadrement catholique des consciences populaires de n’avoir pas su éviter cela. Le clivage ‘droite’/’gauche’ se situe très largement sur le terrain de l’affrontement entre contrôle catholique et républicain-maçonnique des esprits (il y a toutefois des ‘passerelles’, avec les loges maçonniques ‘de droite’, ‘déistes’) : les uns se retrouvent dans la ‘Fédération républicaine’ et (bien sûr) les mouvements ‘nationalistes’ dont le plus célèbre est l’Action française ; les autres dans le Parti radical, hégémonique de 1900 à 1940. Les premiers défendent le ‘bon vieil’ appui sur le ‘conservatisme’ villageois et ‘provincial’ (‘conservatisme’ à relativiser : il suffit de regarder les résultats ‘démocrates-socialistes’ aux élections de 1849...), encadré par l’Église, les ‘notables’ et les propriétaires fonciers ex-nobles (ou ‘racheteurs’ des droits féodaux en 1789) ; les seconds veulent plutôt se forger un ‘socle’ en développant les classes moyennes urbaines (que l’école laïque est chargée de produire) et en intégrant au système le mouvement ouvrier réformiste. Durant cette période comme dans la précédente, la ‘France’ connaît une industrialisation, une tertiarisation et une urbanisation beaucoup plus lentes que d’autres grands États capitalistes comme le Royaume-Uni de 1770-1850, les États-Unis entre la Guerre de Sécession et la Première Guerre mondiale ou l’Allemagne après son unification : ce n’est que vers 1930 que population urbaine et population rurale se retrouvent à parité. Il y a peut-être là une volonté, dans le cadre du suffrage universel, de préserver une ‘ruralité’ réputée (parfois à tort) ‘conservatrice’ ; ou de préserver une autosuffisance alimentaire pour un État qui a, finalement, peu de vrais amis... Mais, malgré tout, le bouleversement de la ‘société civile traditionnelle’ est important, et engendre des réactions de rejet passéistes face au ‘règne de la machine’ et de ‘l’argent’, au démantèlement des solidarités, à la perte des 'valeurs’ et des 'repères’ traditionnels, au développement de l’individualisme, au capitalisme triomphant et débridé (libéralisme) et à son pendant, la prolifération du prolétariat aux violentes explosions de révolte (socialisme). Cette ‘grande peur’ trouve rapidement à se cristalliser dans la figure du ‘Juif’, émancipé par la Révolution bourgeoise en 1791, et dont certains éléments du secteur bancaire ont effectivement joué un rôle visible dans la révolution industrielle et d’autres, en politique, un rôle éminent dans le ‘démocratisme avancé’... ou le mouvement socialiste (Marx). Cet antisémitisme moderne, de masse, sera synthétisé par la droite à la fin du siècle (notamment par Maurras), et mènera droit aux lois antijuives de Vichy (d’un certain Xavier Vallat, de l’ex-‘Fédération républicaine’) et au Vel d’Hiv... Car, avec la crise générale du capitalisme (caractéristique de l’époque impérialiste), du côté bourgeois de la lutte des classes, c’est évidemment la mobilisation réactionnaire de masse qui s’impose sur la base des tous les préjugés de masse les plus nauséabonds, du moment qu’ils servent la défense de l’ordre établi face à la révolution et de la base d’accumulation capitaliste face aux concurrents internationaux. La première crise générale du capitalisme éclate autour de 1873 ; elle est momentanément résorbée à travers la ‘soupape’ de l’expansion coloniale, mais celle-ci conduit rapidement à la ‘saturation’ impérialiste de la planisphère, qui mène tout droit à la Grande Boucherie de 1914-18. Loin de crever l’abcès, celle-ci (avec 'l’ordre mondial de Versailles’) le sur-infecte et relance la crise générale, qui culmine avec la Grande Dépression de 1929 et s’achève finalement dans le plus grand, le plus meurtrier et le plus barbare conflit de tous les temps, la Seconde Guerre mondiale. La Première Guerre mondiale a, cependant, accouché d’un autre phénomène historique de la première importance : le premier État révolutionnaire prolétarien victorieux de la contre-révolution, l’URSS, et la première vague de la révolution prolétarienne mondiale, qui, se brisant sur l’écueil du révisionnisme moderne, ne refluera qu’entre 1976 et 1992.
  • 1945 à nos jours : impérialisme ‘deuxième phase’ ; phase à la fois de triomphe planétaire et de décadence absolue du capitalisme bourgeois. La reprise consécutive à la ‘grande purge’ de la Seconde Guerre mondiale est de courte durée : 30 ans (les ‘Trente Glorieuses’). C’est le ‘troisième grand choc modernisateur’ de la société ‘française’, après la Révolution bourgeoise et l’entrée dans l’ère impérialiste (seconde moitié du 19e siècle) : l’industrialisation-tertiarisation-urbanisation retardataire de l’État est parachevée à marche forcée ; les rapports de production et les rapports sociaux capitalistes subsument l’ensemble des masses populaires (‘société civile’). Mais, dans toute cette première partie de la période, l’influence de la révolution prolétarienne mondiale permet que les contradictions éclatent de manière progressiste, notamment dans la période consécutive à Mai 1968. Alors que le mouvement ‘démocratique radical’ et révolutionnaire de la jeunesse populaire (qui accède massivement au lycée, au bac et aux études supérieures) secoue l’appareil politique et idéologique encore largement issu de la période précédente (et de Vichy : les ‘vichysto-résistants’), et que les peuples colonisés se soulèvent pour leur libération démocratique (même s’ils n’arrachent, pour la plupart, que des parodies d’indépendance) ; de notre point de vue de MRLN occitan, nous pouvons souligner que les nations niées (politiquement depuis la monarchie absolue, socio-culturellement depuis la 3e République) se réaffirment de manière démocratique-radicale et progressiste, alors que la période précédente avait plutôt vu des ‘traînements de pieds’ passéistes réactionnaires, et même des compromissions fasciste importantes dans les années 1930-40. Ceci régressera nettement dans les décennies suivantes (de crise générale et de reflux mondial du mouvement communiste et progressiste), mais la dynamique reste néanmoins enclenchée (la roue de l’histoire ne tourne jamais à l’envers). Sur le plan de l’encadrement idéologique de la ‘société civile’, la période voit la ‘mise sur la touche’ totale et définitive de l’institution catholique (unique pour un pays majoritairement de cette religion), entraînée dans leur chute par Vichy, puis par les ‘vichysto-résistants’ du régime gaulliste. Les écoles confessionnelles régressent et (de toute façon) se ‘laïcisent’ à tout crin ; quelques bastions restent comme l’institution militaire, mais globalement, l’idéologie républicaine triomphe, avec ses loges maçonniques de ‘gauche’ (Grand Orient) et de ‘droite’ (GLF, GLNF) qui contrôlent l’administration civile, la police, l’appareil judiciaire, les ‘structures antithétiques’ chargées d’acheter la ‘paix sociale’ (‘services publics sociaux’, syndicats), l’appareil éducatif et universitaire etc., et abritent l’essentiel des ‘intellectuels’ et ‘experts’ médiatiques, des journaleux grand-tirage, sans compter les satrapes néocoloniaux africains. La nouvelle crise générale du capitalisme éclate à partir des années 1970 (les ‘amortisseurs sociaux’ rendent son éclatement plus lent, progressif et donc difficile à situer que celui des crises de 1873 et 1929, en tout cas les fameux ‘chocs pétroliers’ de 1973 et 1979 en sont des conséquences, et non des causes). Elle pousse, naturellement, la classe dominante à restructurer son appareil productif pour tenter de maintenir son taux de profit et, après la ‘libéralisation’ post-68, à ‘serrer la vis’ sur le plan répressif et idéologique ; mais, dans le même temps, le mouvement communiste connaît un reflux stratégique mondial sous les coups du révisionnisme et des néo-bourgeois qui, de par le monde, l’ont gangrené de l’intérieur : sa disparition ‘de la page du temps’ est même annoncée au débuts des années 1990 (‘Fin de l’Histoire’). Il entraîne dans ce reflux tout mouvement organisé et combatif, même réformiste-défensif (mais pas vendu d’avance), des classes exploitées. La restructuration et le ‘serrage de vis’ antidémocratique de la bourgeoisie ne trouvent donc pas de résistance organisée puissante face à eux : c’est le phénomène que certains maoïstes (PCmF) appellent ‘fascisme moderne’, une fuite en avant réactionnaire de la classe dominante, mais sans l’aspect ‘guerre contre-révolutionnaire préventive’ du fascisme du 20e siècle... faute de réel adversaire (prolétariat révolutionnaire ou radical organisé) à combattre ‘préventivement’. La nouvelle 'grande peur’, dans ce contexte de crise généralisée, est celle de la 'mondialisation’, nom que les masses apposent sur ce triomphe apparent, certes provisoire mais anti-historique, d’un capitalisme monopoliste lui même en crise générale (et probablement irrémédiable), avec toutes ses conséquences qui heurtent le souvenir du 'bon vieux temps’ des Trente Glorieuses. Les réactions négatives, captées par la mobilisation réactionnaire de masse, sont le rejet de l’immigration extra-européenne (qui s’est développée massivement avec cette mondialisation), du 'terrorisme’ en particulier 'islamiste’ (épiphénomène logique d’un point de vue marxiste, mais particulièrement terrifiant de la situation actuelle), la crainte des centres capitalistes 'émergents’ (Chine, Asie-Pacifique en général, Inde, pays du Golfe) qui vont 'nous bouffer’, la réaction chauvine face à l’hégémonie US acquise par la victoire sur l’URSS, etc. etc. : racisme/xénophobie, islamophobie, sentiment anti-chinois/anti-asiatique, anti-arabe (les immigrés d’ici comme les oligarques du Golfe et les ‘terroristes’), anti-américanisme 'primaire’, complotisme contre le 'nouvel ordre mondial’ sont autant des sentiments sur lesquels s’appuie la mobilisation réactionnaire des monopoles 'français’. L’antisémitisme, 'déshonoré’ (selon Bernanos) par le nazisme, existe toujours mais s’est 'dilué’ dans le complotisme, la dénonciation chauvine ou social-chauvine du 'mondialisme’ et du 'nouvel ordre mondial’ (‘américano-sioniste’).
  • Aujourd’hui (depuis fin 2008), la seconde crise générale du capitalisme est entrée dans sa phase terminale. Mais, dans le même temps, bien qu’encore très loin des mouvements communistes et progressistes de masse (avec toutes leurs limites, causes principales de leur disparition) des années 1920-50 ou des années post-1968, l’on assiste progressivement à une levée des tabous culturels (qui régnaient depuis plus de 20 ans) sur les noms et les mots de Marx et marxisme, Lénine et léninisme, voire Mao et maoïsme, communisme, révolution, prolétariat. L’engouement général, ‘de mode’ et ‘bon enfant’, pour le Che lors du 30e anniversaire de sa mort (il était alors une figure d’autant plus ‘sympathique’ qu’elle était devenue ‘inoffensive’, en tout cas perçue comme telle), a cédé la place pour le 40e à une approche plus polarisée, avec d’un côté de violentes campagnes de dénigrement réactionnaire et de l’autre, des personnes allant chercher l’idéologie derrière le portrait ‘romantique’ de Korda. La Ligue ‘communiste révolutionnaire’ a certes achevé sa trajectoire opportuniste trotskyste en devenant ‘Parti anticapitaliste’ ; mais, dans le même temps, l’on voit fleurir de plus en plus d’organisations, ou simplement de collectifs animant un média internet, s’affirmant ‘communiste’, ‘marxiste’, marxiste-léniniste’ ou ‘maoïste’.
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