Bulletin n°4

Occitanisme qu'es aquò ?



Définition wikipédia:


"L’occitanisme au sens large est l'ensemble de tous les mouvements qui font la promotion de l'occitan et défendent les intérêts de l'Occitanie, de sa population et de sa culture. L'occitanisme regroupe des mouvements fort divers, de type linguistique, socio-économique, culturel et politique."


l-occitanisme-qu-es-aquo-l-occitanie-realite-d-hier-et-d-aujourd-hui-de-collectif-915084244-ml-1.jpgPour Sheisau Sorelh, l'erreur majeure de l'occitanisme a été de croire et de continuer à croire que l'État français accepterait d'intégrer ses revendications : reconnaissance de la lenga nostre, intégration de son enseignement au système scolaire public, accès aux médias (les JT régionaux de France3 ont désormais tous, dans le ‘Sud’, leur petit ‘quart d’heure’ occitan...), en définitive : la fin de sa ghettoïsation. Penser cela est non seulement une erreur, mais c'est surtout, stratégiquement, totalement improductif aujourd'hui.


Le mouvement occitaniste a suivi le reflux révolutionnaire et la restauration idéologique capitaliste des années 1980-90 en ôtant tout caractère un tant soi peu ‘radical’ à ses revendications, par exemple, la demande d’officialisation de la langue n'existe aujourd’hui quasiment plus dans le mouvement occitaniste.

 Soyons clairs, le mouvement occitaniste est constitué d'une majorité de gens qui se retrouvent totalement dans la République française ; leur seul problème est son centralisme, excessif à leur goût. Ils acceptent sans problème l’État français dans sa forme républicaine bourgeoise actuelle (et, cela va sans dire... le capitalisme dont il est le bras armé et la machine de guerre idéologique), mais pas son stade monopoliste, où l’État est l’instrument des monopoles pariso-centrés qui veulent modeler toute la société 'française’ à leur image et à leurs intérêts. Ils veulent pour le coup réellement - et désespérément, car c’est sans espoir, 'faire tourner la roue de l’histoire à l’envers’. Ils sont l’expression 'culturelle’ d’une petite et moyenne bourgeoisie (ou couche moyenne intellectuelle) à la base montr.jpgd’accumulation 'régionale’, ou directement tournée vers les États voisins (espagnol, italien) sans 'passer par Paris’ - il en a toujours été ainsi historiquement d’ailleurs, déjà à l’époque où leurs ancêtres (Félibrige etc.) étaient majoritairement conservateurs et anti-républicains, légitimistes ou orléanistes. Il y a toujours eu, en réalité, depuis la fin de la construction de l’État français au 15e siècle, dans toutes les nations de celui-ci, de telles forces petites et moyennes-possédantes 'centrifuges’, mais (au contraire, nous le verrons, de l’État espagnol) elles ont considérablement régressé - et presque disparu au niveau grand-bourgeois - à mesure que le centralisme économique de l’Île-de-France devenait irrésistible ; et surtout, elles ont toujours, d’une manière ou d’une autre, été tournées vers le passé (vers l’Ancien régime et ses 'États provinciaux’ lors de la Révolution bourgeoise et de la révolution industrielle, vers l’époque pré-monopoliste du capitalisme au moment du passage aux monopoles, etc.), et non vers la seule perspective d’AVENIR pour l’humanité : le communisme.

Aujourd’hui, l’essentiel de ces forces gravite du côté de la ‘deuxième gauche’ bourgeoise (EELV, courants ‘décentralistes’ du PS, débris du PSU dont certains -‘les Alternatifs’- ont rejoint... le Front de Gauche) ; ou alors, du côté du ‘centrisme humaniste, social et européen’ de type Modem. D’autres forces (Identitaires, bompardiens) sont clairement de ‘droite radicale’ dans la lignée idéologique de Maurras, mais elles ne sont pas ‘occitanistes’ au sens où nous l’entendons ici.

La critique 'occitaniste’ de l’ordre existant n'est, donc, jamais allée beaucoup plus loin, et cette vision a souvent bloqué de nombreux militants qui auraient voulu passer à un stade supérieur de la lutte comme dans d'autres peuples minorisés.

Un des problèmes majeurs de ce mouvement 'occitaniste’ est, ainsi, l'inféodation de la direction de ce mouvement aux partis majoritairement jacobins de la gauche bourgeoise (PS, PCF, Front de gauche aujourd'hui) - bien que le ‘papier à mouche’ qui les englue soit les courants minoritaires ‘girondins’ de ces partis, justement ‘prévus’ à cet effet. Avec toutes les contradictions que cela entraîne, comme des cadres du mouvement culturel apportant leur soutien à l'ultra-jacobin Mélenchon pour l’élection présidentielle... bref. C'est donc bien une compréhension erronée, ou carrément une volonté délibérée de ne pas comprendre la réalité ‘française’. Pour ce doux ‘peuple de gauche’ occitaniste, la République bourgeoise est le meilleur des systèmes et, dans ce cas, sa tentative de génocide linguistique depuis 200 ans n'est qu'une erreur à corriger. Le système est bon, il suffirait juste d''un peu’ de décentralisation pour gagner les cœurs et les esprits... Et puis, cet occitanisme est pacifique légaliste, il n'en veut pas à la République, et ne veut surtout pas s'attaquer à ses symboles, à son appareil, à son idéologie.

Ce mouvement est avant tout une émanation de la petit-bourgeoisie humaniste, la grande bourgeoisie ayant d'autres chats à fouetter que de reconnaître la « diversité culturelle de la République », et nous la comprenons. L'occitanisme ne peut comprendre la nature profonde de l’idéologie républicaine française, car il rejette la question de la lutte des classes. Il ne peut donc pas comprendre que l’État français, sous son habillage républicain, n’est que le bras armé et idéologique de la bourgeoisie ‘française’, elle-même produit de la longue centralisation monarchique autour de Paris.

Certains occitanistes, eux, pensent que l'Europe sera l'avenir de l'Occitanie, qu'elle acceptera ce que la République bleu-blanc-rouge lui refuse depuis si longtemps, sa reconnaissance. Ils oublient malheureusement deux choses : que la construction européenne se fait sous la direction du couple impérialiste franco-allemand ; et que l'Europe n'est qu’un 'cartel’ supranational des États européens. Croire que l'ont peut changer la France par le biais de l'Europe est aussi erroné que de penser que l'Europe va détruire les États actuels. La construction européenne est une nouvelle phase du capitalisme monopoliste des puissances économiques européennes. La première tâche de l'Europe est d'unifier les systèmes économico-bancaires ET policiers .

independentzia-eta-sozialismoa-shirts-rda7f6fa0eaa3421cbe1eebdfe7e9692a-va6lr-512.jpgUne autre tare occitaniste est de voir la Catalogne comme un chemin à suivre. La ‘France’ et l''Espagne’ sont deux États très différents. Cela serait long à décrire ici (vous trouverez cela dans la partie Teoria), mais globalement, alors que la bourgeoisie ‘française’ s'est développé autour de Paris qui est le centre politique, dans la monarchie espagnole, le capitalisme s'est développé dans les périphéries, surtout basque et catalane (et plus tard, avec l’‘industrie’ touristique, en Galice, dans le Sud andalou-murcien et les reste des Pays catalans - Païs valencià, Baléares). Madrid, centre politique, n’a pas su profiter du bref ‘Siècle d’Or’ (entre 1492, découverte des Amériques, et le début du 17e siècle) pour faire de la Castille le moteur économique de la péninsule (surtout que, pendant le long règne de Charles Quint, la richesse pillée aux Amériques par les Cortez et autres Pizarro était redirigée... vers l’actuelle Belgique) ; et ensuite ce fut l’inexorable déclin. C’est ainsi qu’en 'Espagne’, tout ce qui est 'dynamique’ (d’un point de vue capitaliste) regarde forcément vers l’extérieur, vers le reste de l’Europe et du monde industrialisé, et non vers le Centre madrilène perdu au milieu de sa Meseta désertique. La révolution industrielle a permis la naissance d'une grande bourgeoisie nationale catalane et basque devenue, peu à peu, plus ou moins ‘nationaliste’, en tout cas ‘catalaniste’ et ‘basquiste’ : cherchant à faire respecter son rôle économique dans la péninsule, tout en profitant de l’appareil politico-militaire castillo-centré. C’est, en réalité, un système de 'chantage’ et de 'bras de fer’ permanent, entre ceux qui accumulent la richesse et ceux qui protègent cette accumulation du prolétariat et de classes populaires - à la riche et héroïque histoire de lutte. Rien de tout cela en Occitanie : il n'y a pas de grande bourgeoisie nationaliste occitane, tout au plus ‘régionaliste’, favorable à une ‘plus large décentralisation’, et il n'y en aura jamais - et c'est tant mieux.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que, si ces forces bourgeoises catalanes et basques (CiU, PNV) sont indéniablement à classer à droite, le FASCISME ‘espagnol’ (et la dictature possédante terroriste de manière générale) est à 100% ‘espagnoliste’, centralisateur castillan autoritaire, car c’est le seul moyen de faire ‘tenir l’édifice’ dans une situation de lutte des classes ‘tendue’, avec l’oligarchie madrilène/castillane (tout de même puissante, n’exagérons rien) en ‘clé de voûte’ ; les bourgeoisies périphériques, qui veulent sauver ce qui peut l’être, suivant le mouvement bon gré mal gré. En ‘France’, en revanche, tout un courant de l’extrême-droite (Maurras, voire déjà le ’parti versaillais’ de 1871) a historiquement réussi à ‘intégrer’ les forces ‘anti-centralistes’ réactionnaires (tournées vers le passé) dans le patriotisme ‘français’ et la contre-révolution, en défense du Grand Capital.

Il faudrait plus de temps pour analyser la défaite occitaniste, défaite qui ne vient pas de l'essence de la lutte, mais bien de l'analyse erronée de la question occitane. Défaite qu'il faut entendre de manière politique car au niveau culturel, il y a eu et il y a encore des victoires et des réussites certaines et étonnantes. La vitalité de la revendication culturelle occitane tranche avec la faiblesse voir l'inexistence de la revendication politique. La manifestation impressionnante de Tolosa en 2012, les festivals qui ne désemplissent pas, sont quelques exemples qui ont démontré que cette revendication est loin d'être morte comme certainEs le prétendaient il y a 10 ans.

La seconde crise générale du capitalisme, dont nous commençons à percevoir les effets sur les consciences populaires, ouvre de nouvelles perspectives. Quels rôles nous, communistes et révolutionnaires conséquents, devons-nous jouer dans la lutte occitane future ? Quelles tâches urgentes devons nous accomplir ? Quelle rôle doit jouer la question occitane sur le long chemin vers le communisme ?

  • La République bourgeoise est notre ennemie :

    La tâche urgente que nous devons mener aux quotidien est de démasquer le mensonge républicain selon lequel l’État français est l'État de ‘tous les citoyens’, ‘au-dessus des classes’ - incompréhension structurelle dans la ‘gauche radicale’ ouvrière et populaire hexagonale depuis les origines. C'est-à-dire que nous devons bien faire apparaître sa véritable nature, celle d'un appareil politico-militaire au service de la classe dominante. En d'autres termes , bien comprendre qu'aucune solution à nos problèmes démocratiques et sociaux ne viendra de ce côté-là. Cet État ne sera jamais celui du peuple, et ne pourra en aucun cas résoudre les contradictions du capitalismes. La seule perspective, pour les masses exploitées et opprimées, est d’oeuvrer à sa destruction.

  • Bâtir une lutte populaire autonome :

    emplega-4.jpgNotre rôle, en tant que communistes et révolutionnaires en Occitanie, est de participer à l'élaboration d'une véritable dynamique populaire en faveur de la récupération de la culture et de la langue. La République Française a encore montré récemment qu'elle ne voulait pas reconnaître nos droits démocratiques culturels (reconnaissance de langue et de son enseignement). Dans ce cas cessons de dépenser notre énergie et de tromper les militants dans une possible réforme de la RF. Rassemblons-nous dorénavant pour des mots d'ordres politiques clairs et sortant du consensus actuel. Mobiliser les masses sur ces revendications démocratiques légitimes. Mais surtout, relier, grâce à notre compréhension scientifique de la situation occitane au sein de l’État français, de la construction de celui-ci à travers les siècles, ces revendications à TOUTES les autres luttes démocratiques et sociales du prolétariat et des classes populaires sur notre territoire - et aux luttes internationalistes contre l’impérialisme, dont l’écrasement de notre périphérie ‘méridionale’ par le centre parisien n’est qu’une des formes, la forme sur ce petit morceau de la planète qui est le nôtre. Nous affirmons, par exemple, que la question linguistique-culturelle (écrasement de notre langue et de notre culture par l’État 'républicain’ français) n’est qu’une expression de la manière dont, déjà dans la révolution industrielle mais surtout au stade des monopoles, le Grand Capital veut modeler toute la société à son image et selon ses intérêts (il veut des masses populaires une ‘armée productive’... et au besoin une armée tout court, et non plus des vendeurs au jour le jour de force de travail). LÀ a été finalement, au cours des dernières décennies, la grande limite de l’occitanisme : porter, au sein des institutions républicaines, la défense des Calandretas, des panneaux routiers en occitan, des annonces en occitan dans le métro de Tolosa, etc. etc., tout en étant, pour les autres questions... sur les positions du PS, voire de Bayrou... ou de l’UMP.

  • Participer au développement de la révolution prolétarienne mondiale :

    La question occitane peut et doit avoir un rôle non négligeable dans la construction de la révolution, dans le sens où elle met en lumière les contradictions de la ‘République’ et participe à démasquer la nature de l’État. La question occitane, comme toutes ces questions dans l’État français, est un puissant ferment révolutionnaire en affaiblissent le centre politique, Paris. Le plus ce mouvement sera fort, le plus de personnes se sépareront de l'idéologique centraliste républicaine, et le plus nous serons à même d’agréger les classes populaires à la Révolution prolétarienne pour laquelle nous luttons. La finalité de notre lutte est le communisme qui verra la fin de toutes les dominations « des centres » sur « les périphérie » : c’est alors, enfin et seulement, que nous arriverons à notre but pour l'Occitanie. C’est là quelque chose qu’il faut bien comprendre, pour pouvoir comprendre la hargne et l’acharnement dont notre analyse peut faire l’objet, non seulement dans le camp bourgeois mais aussi dans toute une petite bourgeoisie ou aristocratie ouvrière ‘libertaire’ ou ‘marxiste’, ‘trotskyste’ comme ‘stalinienne’ : la révolution que nous voulons pour notre Occitanie implique automatiquement la fin de l’État français (puisque celui-ci est né, littéralement, de l’annexion par Philippe II Auguste, ‘roi des Francs’ devenu ‘roi de France’, du duché d’Aquitaine et de la ‘confédération’ des fiefs arago-toulousains de Lengadoc et Provença - nos deux États à l’époque) ; État défenseur de la classe dominante capitaliste, mais aussi porteur d’une foule de petits privilèges pour toute une multitude de couches sociales... ou de territoires par rapport à d’autres. L’‘outre-mer’, ou même la Corse, peuvent se voir reconnaître une ‘large autonomie’, voire pourquoi pas l’indépendance, et l’État français continuer à exister tranquillement - et à les néo-coloniser. Cela n’est pas possible avec la LIBÉRATION OCCITANE, pour laquelle il n’est pas tant question d’‘indépendance’ ou de ‘large autonomie’, que de remise à plat totale des relations sociales ‘inter-territoriale’ entre centres et périphéries, telles que construites par la grande bourgeoisie à travers 500 ans d’absolutisme puis d’État (‘républicain’ définitivement depuis 1870) de la bourgeoisie seule. Ceci ne peut impliquer, ne peut passer par autre chose que la révolution prolétarienne... que beaucoup défendent en parole, mais lorsqu’ils ‘font les comptes’ de leurs ‘petites positions’ dans l’organisation sociale et de ce qu’ils auraient à perdre, les traductions concrètes viennent à manquer !

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