Que devons-nous à l'Etat » ?

estl-28-col-un-bac-a-15-milliard-d-euros.jpgIl y a des signes qui ne trompent pas, le sujet du BAC ES 2013 en est un.

« Que devons-nous à l’État » ?

Cette question, en apparence anodine, est en réalité lourde de sens. Déjà, nous pouvons remarquer quelle n'est pas neutre. « Devons nous quelque chose à l’État », par exemple, aurait eu un peu plus de neutralité, alors que cette question sous-entend que nous devons forcément quelque chose à l’État.

Ce qui apparaît dans cette question du BAC ES, c'est tout le poids de l'hégémonie idéologique bourgeoise sur l'ensemble de la société. Sheisau Sorelh ou le média frère Servir le Peuple menons un combat théorique sur le concept gramscien d'hégémonie culturelle et idéologique.

Aujourd'hui l'idéologie dominante est celle de la classe dominante bourgeoise, des capitalistes. Pour légitimer leur dictature, elle s'appuie sur deux choses  :

-La société politique, c'est à dire l’État et son appareil militaire (police, justice, prison, armée etc.)

-La société civile, c'est à dire tout ce qui véhicule l'idéologie dominante (école, fac, médias etc.)

Pour que ce système de domination perdure, il faut arriver à légitimer dans les masses la domination. Que les masses fassent leur ce système. Pour cela, il y a toute la propagande notamment autour de l’État comme entité neutre, au-dessus des citoyens, garant du bien-être, de l'équilibre, de l'unité. Rappelons que depuis les anciens Grecs, la hantise première des dominants c'est la fin de l'unité de la cité, qui amène à la guerre civile et à leur possible défaite.

Dans l’État français, toute l'idéologie dominante tourne donc autour de la République, notion sacrée, inviolable, intouchable, nécessairement bonne car elle émanerait de la volonté populaire. Une république paternaliste en somme : n'y a-t-il pas inscrit dans la constitution que la république est 'sociale' ?

Mais avec la crise, les limites du système capitaliste et la décadence de sa civilisation (bourgeoise) éclatent au grand jour, et les masques tombent.

Entendons par là que la question aurait très bien pu être : « Que devons à la République ?», ce qui est une question moins chargée de sens. Il n'en est rien et nous avons directement l’État (et son appareil), c'est à dire le rempart ultime de ce système.

Pour saisir le fond de cette question du BAC, il faut bien intégrer que l’État est toujours l'instrument d'une classe sociale, dans l'hexagone en 2013, c'est celui de la Bourgeoisie. Il ne peut en être autrement.

Ce sujet du BAC démontre une fois de plus que l’Éducation nationale est un instrument idéologique au service des classes dominantes. Son travail, et nous le savons tous, est de former de bons citoyens. Qu'est ce qu'est un bon citoyen ? C'est, depuis Rome, celui qui accepte la domination de l’État, qui en retour lui concède quelques droits. Dans la Rome antique, pour devenir citoyen il suffisait de renoncer à ses us et coutumes et de se fondre dans le grand corps impérial : après cela, un métèque pouvait devenir Empereur. L'école se place dans cette optique-là : éduquer à la soumission à l'autorité, Michel Foucault le faisait remarquer dans son célèbre Surveiller et Punir, l'architecture de l'école c'est celle de la caserne. Nous avons des classes d'âges, des heures fixes, le respect de l'autorité, des permissions (vacances), l'obligation d'y être, la forme même des bâtiments etc. Le service militaire obligatoire étant supprimé, l'école reste la seule institution, avec les médias et le poids des traditions (religieuses etc.), qui touche toute la jeunesse. D'ailleurs personne ne s'y trompe : les débats sur l’École sont un sujet qui revient très souvent. L'acceptation de cette institution para-militaire était en retour la promesse d'une hypothétique ascension sociale, d'une vie meilleure. Autant dire qu'en temps de crise générale du capitalisme, la carotte laisse entièrement la place au bâton.

Rien n'est donc neutre, ni les cours universitaires, ni les questions du BAC, ni les lois sur le respect des symboles de l’État. Car en dernier recours, la soumission à l’État, en tant qu'appareil militaire, sera le dernier rempart du parti de l'ordre.

Si nous devons aujourd'hui quelque chose à l’État, c'est justement cet ordre inique, odieux, cette dictature capitaliste qui montre avec la crise ses vrais habits. Nous pouvons parier que dans les années à venir le mythe de la démocratie, de la République pour tous etc. va se transformer en objet de culte pour l’État seul. À vrai dire, c'est déjà le cas...

Nous ne devons rien à l’État.

La gauche nous lance souvent à la figure les avancées sociale de la République. Que cela soit clair : tous les acquis de civilisation dont nous disposons actuellement, dans notre "pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres" (comme disait le sinistre Winston Churchill), sont le fruit de luttes populaires souvent violentes, rien n'a été donné gratuitement.

Pour commencer à abattre cette hégémonie culturelle, il faut donc détruire idéologiquement l’État et ce que cela entraîne : respect de l'autorité, des institutions etc. Les jeunes prolétaires des colonies intérieures, eux, ont déjà fait un grand pas dans ce sens, comme le montre ce lynchage d'un commissaire de police venue calmer les esprits pacifiquement lors d'une manifestation (ici). Nous sommes respectueux d'une institution ou d'une fonction lorsque celle-ci sert le bien commun, pas lorsqu'elle sert simplement à reproduire les inégalités et la domination.

Sarkozy répondait négativement, avec la franchise de la droite qui n'a rien à cacher (elle), à la question "est-ce que le Parti communiste est toujours dangereux pour la démocratie ?". Le PCF accepte le jeu 'démocratique', c'est à dire le système de la bourgeoisie : à partir de là il est neutralisé. Et c'est d'ailleurs le cas de tous ceux qui vont aux élections. À partir du moment où un mouvement accepte les élections, c'est qu'il accepte de se plier aux résultats, et pour un mouvement révolutionnaire ce sont toujours des résultats négatifs. Maintenir l'illusion d'une évolution par les urnes, c'est la même chose que de parler de révolution en refusant la violence : un mensonge.

Et c'est cela qui désarme les masses ! Les jeunes prolétaires des quartiers-ghettos, souvent issus de nos colonies intérieures, n'ont plus aucunes illusions face à ce système, et nous voyons quelle force cela leur donne – force à laquelle ne manque, finalement, que l'organisation et un programme révolutionnaire.

Nous, communistes, devons apprendre du peuple et aujourd'hui, la fraction la plus exploitée des masses populaires ce sont ces jeunes-là. N'ayons pas peur de dire qu'ils nous montrent la voie de la révolte, de l'insoumission, de l'antagonisme assumé avec le système qui nous exploite et nous opprime !

Être les ennemis de la 'démocratie' et de la 'république' bourgeoise aujourd'hui, c'est être les amis du peuple et de la révolution !

Cette question devait donc être plutôt reformulée dans ce sens là : "Que doivent les capitalistes à l'Etat ?"... Réponse : leur survie en tant que classe dominante.

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