Bulletin n°1

Nous désirons amorcer un cycle de réflexion sur la question culturelle que les communistes doivent porter impérativement à notre époque. La question culturelle n'est pas nouvelle, Antonio Gramsci, le fondateur du Parti Communiste Italien l'avait placé comme question centrale pour créer les possibilités d'une révolution. Il a élaboré notamment le concept de "d'hégémonie culturelle", concept d'une importance capitale à notre époque. Rien de tel qu'une expérience pratique pour commencer ce cycle de réflexion. Nous n'avons aucune prétention sauf de progresser et de re-construire un mouvement communiste qui se donne les moyens de renverser ce monde et d'en bâtir un sans chaîne ni oppression.


"Le marxiste doit continuellement lutter contre les aspects arbitraires de sa philosophie, que ceux-ci soient reliés à des erreurs d'interprétation ou au fait que les structures de la société se modifient."


Il y a des événements qui peuvent sembler anecdotiques mais qui sont d'une grande valeur pour avancer et faire progresser la théorie et la pratique communiste.
Récemment nous avons pu assister à la scission de militants de la JCML de Lyon et Clermont en désaccord avec la direction de leur mouvement. Les militants qui ont déclenché l'affaire ont soulevé une chose importante, qui pourrit littéralement une partie du mouvement révolutionnaire : la question de la CULTURE. Cette question est pour nous communistes, et notamment depuis Gramsci, une question fondamentale, car elle pose la question de l'hégémonie culturelle d'une classe sur une autre et aussi du rôle culturel du Parti communiste.

Voilà un extrait de la réponse du ROCML- JCML à la scission :

« Alors que le Parti communiste de France n’existe pas, ils souhaitent dépenser l’énergie dont nous disposons en allant, non pas vers les luttes du prolétariat, mais en s’activant dans des mouvements à caractère petit bourgeois comme la lutte LGBT et dans d’autres activités de type gauchiste-anarchiste « anti-répression », «anti-fasciste »… déconnectées des luttes ouvrières et des tâches centrales de l’organisation communiste. Ils oublient que nos forces sont faibles, que l’idéologie bourgeoise est forte et que toute l’énergie versée dans des luttes écologiques, démocratiques, sociétales dominées par la petite bourgeoisie radicale et sur ses objectifs est perdue pour les travailleurs. De fait, ils repoussent encore plus loin dans le temps la possibilité de forger en France un véritable Parti communiste. Ils oublient l’enseignement de l’Internationale communiste qui a démontré que le Parti « se crée par la sélection spontanée des travailleurs les plus conscients, les plus dévoués, les plus clairvoyants » (IIème Congrès de l’IC). »

Nous nous demandons comment des communistes, un tant soit peu conséquents, n'arrivent tout simplement pas à comprendre l’Époque. L’Époque, effectivement, est à l'hégémonie économique, culturelle, politique de la bourgeoisie, et donc effectivement certaines luttes, qu'ils nomment « sociétales » et que nous nommerons démocratiques sont menées par « la petite bourgeoisie » conscientisée.

Écrasée, laminée, atomisée, la classe ouvrière lutte courageusement contre la bourgeoisie et malheureusement contre les organisations syndicales complètement vendues ; elle ne peut pour l'instant faire beaucoup plus.
Ces luttes démocratiques, dédaigneusement appelées « sociétales », font partie des luttes que ces « communistes » décrètent non utiles à la construction du Parti. À leur énumération nous pourrions aussi bien rajouter les luttes pour la reconnaissance des langues  minorisées et bien d'autres [il y a d’ailleurs fort à parier qu’ils le pensent, puisque la nouvelle organisation scissionniste a intégré ces thèmes dans sa plateforme].

Aujourd'hui, qu'est-ce donc qui fait la force de la bourgeoisie, mise à part la faiblesse du camp révolutionnaire ? Tout le monde conviendra que c'est la possession des moyantonio-gramsci-1.jpgens de production, le contrôle de l'appareil politico-militaire. Mais le ROCML-JCML oublie une donnée FONDAMENTALE : celle de son hégémonie culturelle. C'est à dire que non seulement la bourgeoisie domine par les moyens régaliens de la ‘contrainte légitime’, mais aussi et avec une même efficacité  via sa propre culture. Gramsci montre que la reproduction d’une société repose à la fois sur la force et sur le consentement. Il faut distinguer la société politique (aux institutions dites «régaliennes» - police, justice etc.) et la société civile (avec d’autres institutions comme l’école, l’université et la culture). L’hégémonie culturelle désigne alors l’intériorisation, par les classes dominées, de la croyance selon laquelle le pouvoir qui les domine est non seulement légitime, mais est aussi l'unique possible.


 S’il y a quelques ouvriers dans le ROCML-JCML qui ne sont pas déconnectés de la réalité de la classe ouvrière, ils verront que c'est particulièrement chez les ouvrièrEs que cette hégémonie est bien visible. La consommation ostentatoire n'est pas plus faible chez les ouvriers que chez les « petit-bourgeois ». Les valeurs du pognon, l'individualisme, le paraître, l'homophobie, le sexisme ne sont pas des tares uniquement présentes chez les « petit-bourgeois ».
Pour nous, le rôle d'un Parti communiste est d'analyser les besoins des masses, de les synthétiser et d'élaborer ainsi une théorie qui servira à élever la pratique. Les besoins du peuple sont assurément économiques, mais ils sont également culturels.

Combien d'ouvrièrEs souffrent en silence de ne pas pouvoir assumer leur homosexualité librement, dans les usines ou dans les quartiers populaires où réside la plus grande partie de la classe ouvrière ? Nous pouvons imaginer qu'en son temps, vous auriez aussi trouvé que la lutte pour l'avortement était une question « petit-bourgeoise ». Les sociétés humaines ne sont pas des corps figés, elles évoluent continuellement. L'État français de 2013 n'est pas la Russie de 1917.

Depuis 40 ans, les conquêtes de civilisation gagnées par les luttes héroïques du prolétariat durant la première phase de la révolution prolétarienne mondiale sont en constante régression. Le niveau de conscience politique et culturelle de la classe ouvrière a considérablement diminué. À l'heure où la  classe ouvrière ne produit plus de grand penseurs (et d'ailleurs, la bourgeoisie non plus), il est gaypc.jpgtemps de réfléchir à tout cela. Comment reconstruire une culture communiste et révolutionnaire assez forte pour, non seulement mettre à mal l'hégémonie bourgeoise, mais aussi attirer de plus en plus de gens des classe dominées. Le ROCML-JCML oublie que paradoxalement, le Parti du prolétariat doit se construire aussi avec des intellectuels ; puis, petit à petit et le plus rapidement possible, faire émerger du prolétariat les nouveaux intellectuels qui développeront la conception communiste du monde de manière autonome : les intellectuels organiques. Marx, Engels, Lenine, Mao étaient issus de la petit-bourgeoisie ou de la bourgeoisie. Mais peut être que le ROCML-JCML possède déjà ses propres penseurs prolétariens : si tel est le cas, ils devraient bien réfléchir à tout cela.
Vous citez l’Internationale communiste en énumérant les qualités que doit avoir le militant dans le Parti. Vous trouvez-vous clairvoyants lorsque vous rejetez la question écologique, Alors que celle-ci est une donnée fondamentale de notre Époque, qui touche à l'avenir de l'humanité et des terriens en général ?  Sans aller aussi loin et en restant dans la classe ouvrière, n'est ce pas l’ouvrier qui travaille dans des usines extrêmement polluantes et polluées, ou qui vit à proximité ? N'est ce pas aussi une question importante, la santé, le respect de l'environnement ? N'est ce pas l'ouvrièrE qui consomme quantité d'insecticides dûs à l'agriculture industrielle capitaliste ?
Vous nous dites que l'antifascisme est un mouvement à caractère petit bourgeois : est-ce un défaut de compréhension du fascisme ou de la bêtise ? Il faut lire et relire l'histoire du mouvement ouvrier et comprendre notre époque, pour bien voir que la bourgeoisie prise dans la crise va tenter de mobiliser les masses de manière réactionnaire, par le fascisme. Combien de camarades sont tombéEs sous les balles des fascistes ? Vous qui tentez de construire un Parti communiste, vous devriez savoir qu'une large partie de la classe ouvrière est d'origine immigrée et, de ce fait, est en première ligne face à la montée du racisme dont, d'ailleurs, leurs camarades ouvriers non-immigrés ne sont pas non plus exempts.
Dans la même veine, l'anti-répression serait une démarche petite-bourgeoise... nous  croyons rêver : la solidarité face à la répression est l’une des premières nécessités pour construire une conscience de classe, vous pouvez vous renseigner à ce sujet auprès du Secours rouge international. À ce sujet, nous citerons le plan de travail du (n)PCI (nouveau Parti communiste d'Italie ) et du premier front de son Plan général de travail :

Premier front : la résistance contre la répression, la lutte contre la répression et la solidarité. La mobilisation des masses populaires dans la lutte contre la répression et dans la solidarité avec les organisations et les individus visés par les mesures répressives de la bourgeoisie, avec l’objectif principal de renforcer la capacité des masses populaires et de leurs organisations à résister à la répression, d'augmenter la résistance morale et intellectuelle à la répression, de développer la conscience de classe, la conscience de la contradiction antagonique d'intérêts et la conscience de la lutte qui oppose les masses populaires à la bourgeoisie impérialiste ; et en deuxième lieu avec l'objectif de limiter, entraver et empêcher l'activité répressive de la bourgeoisie. Le Parti doit soutenir toutes les organisations qui se proposent ces objectifs et faire confluer toutes leurs luttes particulières dans un unique torrent qui unisse et renforce les masses populaires.


La vérité de tout cela est que toutes ces questions devraient être portées par un Parti communiste, c'est son rôle, mais aujourd'hui aucune organisation n'en a les moyens. Alors, quand elle n’en a pas même la volonté... no comment ! Défendre, dans un premier temps, les avancés démocratiques conquises par les masses, n'est pas réformiste quand cela se construit dans une stratégie claire. Ce sont les luttes qui conscientisent les masses, à nous de les conscientiser de manière révolutionnaire et non réformiste. C'est à dire, à nous de bien faire comprendre que ces avancées de civilisation sont une nécessité, certes, mais ne sont pas une fin en soi... tout comme d’empêcher une fermeture d'usine. Il faut être là où les gens luttent, c'est notre rôle premier, à nous de retirer le bon grain de l’ivraie et d'agréger les femmes et hommes les plus avancéEs politiquement.

Cela va être LA tâche incontournable dans les années à venir : refaire émerger une culture populaire révolutionnaire dans les classes sociales écrasées. Cela sera d'autant plus facile que tout le monde, aujourd'hui, se rend compte du mensonge de la bourgeoisie et de son monde de cocagne. La bourgeoisie est entrée, depuis un moment, en décadence culturelle, elle ne produit plus de grands intellectuels : que pèse un BHL face à un Politzer ? Elle continue en roue libre sur ses acquis, qui ont bien du mal à maintenir à flot l'édifice.  L'idéologie dominante, le « républicanisme », n'est plus qu'un ciment pourri par l'érosion de sa propre crise, et nous devons comprendre, nous communistes, que notre rôle est bien de porter le coup de grâce à cette idéologie cadavérique. Et, parallèlement, nous devons redonner ESPOIR au prolétariat ; c'est à dire, lui démontrer que rien n'est immuable, et surtout pas ce monde bâti sur l'exploitation, la misère économique, sociale, culturelle et sexuelle.
Pour nous, donc, la question culturelle est plus qu’importante et va devoir à tout prix reprendre sa place, comme elle l'avait autrefois, dans le mouvement communiste.

Nous envoyons au passage un salut fraternel et communiste à la nouvelle organisation communiste « Futur rouge » créée à la suite de cette scission. Nous espérons qu'elle participera activement à ce grand mouvement de reconstruction.

L'apport majeur de Gramsci est d'avoir démontré que c'est une ERREUR de penser que seuls les rapports de production font une société. Il dépasse ainsi la vision marxiste « orthodoxe », en sortant d'une vision mécaniste ET déterministe de l'économie.  Nous avons traité de manière très rapide et sûrement imparfaite de cette question ; nous y reviendrons très prochainement en développant plus largement les thèses du camarade Antonio Gramsci.

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