La fin de la social démocratie.

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Une fois la Seconde Guerre mondiale terminée, sur les ruines de l'humanité, le capitalisme put repartir dans un nouveau cycle de croissance. Le résultat de la lutte héroïque menée par les communistes durant la Résistance, fut le caractère social du Gouvernement Provisoire de la République Française. Ce n'est pas le nouveau gouvernement qui était intrinsèquement progressiste, mais bien le fait qu'à ce moment là, beaucoup d'ouvriers et de paysans étaient formés à la lutte armée, possédaient un savoir-faire et surtout une organisation de classe puissante, le PCF. Avec la peur des 'rouges' et le capitalisme enfin sorti de sa première crise, la bourgeoisie capitaliste était prête à concéder des avancées de civilisations. Ce 'capitalisme à visage humain', possible grâce à une nouvelle grande accumulation de capitaux (et largement aussi, disons-le, grâce au pillage des colonies extra-européennes, devenus pour la plupart 'indépendantes' dans les années 50-60), marqua ce que nous nommons dans la mémoire collective les 'Trentes Glorieuses'. C'est dans ce cadre là qu'un régime politiquement et socialement réactionnaire, tel que la Ve République du Général De Gaulle, peut aujourd'hui passer pour 'progressiste', pour un 'bon vieux temps' que les plus anciens ressassent avec nostalgie. Telle est l'ambivalence éternelle de la social-démocratie et même, plus largement, de toute 'politique sociale' de type keynésienne (puisque la social-démocratie elle-même, finalement, fut peu au pouvoir en 'France' entre 1945 et 1975) : à la fois résultat de la pression des masses, et instrument chargé de contenir celle-ci.


Mais cette nouvelle phase d'accumulation, déjà à la fin des années 1960, marquait le pas, et c'est une hausse brutale des prix du pétrole, lors de la guerre israélo-arabe de 1973, qui précipita le processus et déclencha véritablement la seconde crise de surproduction absolue de capital (voir 'de quoi la crise est-elle le nom ?').

Le besoin d'amélioration des conditions de vie des masses populaires, qui s'est traduit par l'explosion de Mai 68 mais aussi par un nombre incalculable de luttes, de grèves, d'occupations, par l'expression d'une extrême-gauche radicale telle que l’expérience de la Gauche Prolétarienne (entre autres), couplée à l'apparition du chômage de masse, a porté au pouvoir en 1981 le premier gouvernement de gauche de la Ve République.

Avec du recul, il est clair que le PS a joué son rôle de pompier, en achevant de neutraliser le PCF (de toute manière déjà inoffensif depuis longtemps, si ce n'est depuis toujours) et en faisant passer la pilule de la nouvelle crise. Le peuple porta une seconde fois Mitterrand au pouvoir en 1988 malgré l'immense désillusion, les magouilles etc. ; mais une grande partie des masses populaires découvrait le visage de la social-démocratie, qui n'avait plus été au pouvoir depuis Guy Mollet (Monsieur 'pouvoirs spéciaux' en Algérie) en 1956. L'effondrement final de l'URSS révisionniste marqua le triomphe absolu de l'idéologie ultra-libérale, avec la célèbre 'Fin de l'Histoire' évoquée par Fukuyama. Cette période de reflux révolutionnaire laissa le champ libre pour un décloisonnement du système financier, un démantèlement des entreprises d'État, des privatisations menées par la gauche surtout, dont l'expression humaine fut le triste Bernard Tapie. Les 'années Tapie' virent l'irruption d'un capitalisme à l'état brut qui n'avait plus besoin de se parer dans une quelque conque rhétorique humaniste. 'Laissez nous nous enrichir, flamber et faire n'importe quoi', tel était le mot d'ordre de l'époque. Le MEDEF, comme nous le rappelait le baron Ernest-Antoine Sellière, s’accommode très bien de la social-démocratie : de frange 'dégénérée', indécise ou corrompue-vendue du mouvement ouvrier (la SFIO de Guesde et Blum), la social-démocratie 'historique' (aujourd'hui PS) est devenue une pure et simple 'aile gauche' de la bourgeoisie monopoliste 'libérale', l'équivalent du Parti radical sous la IIIe République – une décadence que vient encore illustrer la toute récente affaire Cahuzac, après les affaires Strauss-Kahn en 2011-2012...

pinochet2-1.jpgCes 'décennies perdues' des années 80-90 ont donc été la phase du capitalisme en roue libre, 'seul remède' à la crise générale trouvé par les 'Chicagos Boys', groupes d'économistes qui parèrent – entre autres – la dictature sanguinaire de Pinochet d'un programme économique. Pinochet, Reagan, Tchatcher furent l'expression d'un même capitalisme sauvage et débridée. En Hexagone, la situation locale fit que la bourgeoisie dût parer cette nouvelle 'révolution' du doux masque social-démocrate. On faisait la même politique qu'outre-Atlantique et outre-Manche, mais en même temps on créait des minimas sociaux pour amortir la crise et donc éviter les débordements. La social-démocratie ne s'est occupée des problèmes sociaux que parce leur non-résolution signifiait des problèmes politiques.

Cette seconde crise générale du capitalisme eut pour effet l'avalanche des guerres impérialistes à travers le monde, ou s'affrontent les puissances impérialistes pour le contrôle de nouveau marché. Les impérialistes aiguisèrent les appétits nationalistes en Yougoslavie pour démanteler cette puissance régionale. Les amis d'hier devenait les pires ennemis du moment : les peuples d'Irak en firent douloureusement les frais.

Plus la Crise va s'accentuer, et plus les capitalistes vont avoir besoin du soutient de l’État pour maintenir leurs monopoles et les étendre. C'est que la concurrence est rude, le marché n'est pas extensible à l'infini et le capitalisme s'est étendu à toute l'humanité entière et à quasiment toutes les activités humaines. Face aux nécessités du moment, N. Sarkozy fut le cheval de bataille de ces monopoles. La bourgeoisie monopoliste avait besoin d'un 'accoucheur' décidé à aller jusqu'au bout de la réaction dans le cadre démocratique bourgeois, quitte à bousculer la routine politique républicaine et donc à mettre à mal tout le système. Nous ne pouvons pas enlever à notre faucon national sa rapidité d’exécution des ordres du capital, son intervention impériale en Libye fut menée tambour battant. Le verbe grotesque d'un serviteur zélé comme BHL fut peut être la seule fausse note. Avec Sarkozy, la France est redevenue un moteur impérial mondial, ambitieuse, sans bien sur avoir les capacités militaires d'une grande puissance, mais au niveau européen elle réaffirme son rôle de moteur militaire, bras armé des monopoles du vieux continent.

C'est donc logiquement qu'après 5 ans de souffrances, de régression sociales comme jamais et avec la crise qui vient nous envahir dans nos foyers, nous avons le retour des sociaux-démocrates. Mais, soyons clairs, sans aucun projet ambitieux, sans aucune perspective : une tentative mort-née de gestion de la crise. Hollande est le digne représentant de cette mort annoncée. La crise économique pousse à l'extrême les limites de la social-démocratie, qui est un système efficace durant les phases de vaches grasses. Une fois lâchée par la bourgeoisie capitaliste, la social-démocratie n'est utile que dans le sens où elle repousse l'explosion sociale inévitable. L'abdication de l'Administration publique à trouver du travail pour tous, incarnée dans le « l'État ne peut pas tout » de Jospin, est une déclaration de guerre d'extermination contre les pauvres : laisser à l'initiative privée des capitalistes la gestion des services publics de base dont la santé, l'alimentation etc., condamne à mort bon nombre de personnes des classes populaires n'ayant pas les moyens d'accès à ces services...


Comme nous l'a appris Gramsci, chaque classe sociale ne possède qu'un seul parti (même si la bourgeoisie, en apparence, en a une multitude), qu'une seule expression politique. C'est à dire que,mort-de-la-social-democratie-1.jpg dans les moments extrêmes, des blocs qui nous paraissaient antagonistes dans le système démocratique bourgeois fusionnent pour sauver les meubles, ils ne font plus qu'un. Le PS n'a encore sa place dans le 'théâtre de marionnette' de la démocratie bourgeoise, que dans le sens où il n'existe pas encore de parti de la révolution. Nous pouvons être sûrs - et nous le voyons déjà - qu'ils seront (pour paraphraser le renégat catalan Valls) 'éternellement liés à la réaction'. Mais, la crise allant en s'accentuant, nous pouvons être sûrs que les camps vont se reformer et que le PS va imploser. Soyons clairs : il n'y a pas de 3eme voie, soit c'est la chute indéfinie vers la catastrophe, soit c'est la révolution. Nous sommes et serons du côté du camp de la révolution. Les Mélenchon et compagnie devront choisir leur camp, mais ils seront à coup sur les grand perdants de l'affaire et les traîtres de demain – ainsi le leader du 'Front de Gauche' a-t-il pu déclarer tout récemment, au sujet de la taxation à 75% sur les hauts revenus (à laquelle il s'oppose) : "Un impôt n'est pas destiné à punir, il est destiné à partager. Il ne s'agit pas d'humilier les gens qui ont de l'argent, il s'agit de leur dire 'les amis ça va mal, la société toute entière doit participer à l'effort commun'"... !!! Mélenchon 'doublé sur sa gauche' par la PS dans la politique 'anti-riches', on croit rêver... et en tout cas, nous sommes très loin de la direction politique qui va exproprier le Capital et donner le pouvoir aux travailleurs !


Les masses du camp progressiste (le 'peuple de gauche') ne votent, depuis longtemps (les années 1990 au moins), plus pour le programme du PS, mais pour 'éviter la droite' ; pour le 'moindre mal'.

La crise fait exploser les contradictions, l'extrême-gauche va continuer à se déliter avec les faillites des réformistes 'radicaux' style NPA, les anarchistes en retard de deux guerres, et sûrement une fuite en avant dans un aventurisme dangereux pour les plus décidés. L'extrême-gauche s’efface pour mieux se reconstruire ; c'est un processus de décantation. Bien entendu, cela ne veut pas dire attendre que ça se fasse, il faut que tous révolutionnaires conséquents s'arment de patience et commencent le long le travail de reconstruction. Il faut comprendre que la prise de conscience populaire est un long chemin que nous devons baliser pour éviter d'aller vers le fascisme qui est, rappelons-le, le visage extrême du capitalisme en temps de crise, l'assurance-vie du capitalisme lorsque le système démocratique bourgeois ne peut plus en assumer les contradictions. Nos démocraties européennes prennent ainsi de plus en plus la forme de 'démocratures' antisociales et sécuritaires, mobilisant les masses sur la 'nécessité de nous moderniser', la peur de l''autre' (immigré et descendant d'immigré, 'jeune délinquant'), la haine du plus-pauvre-que-soi ('l'assisté') etc. etc. ; le 'fascisme moderne' dont parlent les camarades du PcmF : dans ce cadre, la social-démocratie ne joue plus qu'un rôle de 'bouffée d'oxygène' social-libérale, de plus en plus droitière et occasionnelle ; face à une droite de plus en plus hégémonique intellectuellement et 'décomplexée' - cette droite décomplexée qui n'est autre que le vrai visage de la bourgeoisie monopoliste, violemment réactionnaire, raciste, impérialiste et dont le fascisme n'a jamais été un sujet tabou. Quant aux ex-pays 'socialistes' d'Europe de l'Est (par exemple), les récentes attaques anticommunistes, les politiques gouvernementales de plus en plus fascisantes et les explosions sociales (comme ces derniers temps en Slovénie) nous montrent combien il est difficile d'imposer le capitalisme 'pur et dur' à une population qui a connu le 'minimun syndical' du socialisme - complètement imparfait certes.


La crise actuelle est donc pleine d'espoir, si nous regardons un tant soit peu plus loin que le présent immédiat. Le long travail de reconstruction d'un appareil de combat révolutionnaire va exiger de l'auto-discipline, de la détermination et du sérieux. En premier lieu, expliquer patiemment la situation actuelle, convaincre autour de nous, être au côté des travailleurs qui tentent de maintenir les acquis de civilisations. Enquêter sur les besoins des masses, les transcrire en mots d'ordres et en actes. Car soyons clairs, ce n'est pas parce qu'un peuple n'a 'plus rien à perdre' qu'il devient révolutionnaire, loin s'en faut. La lutte contre le fascisme va être une nécessité des années à venir.

Et de cette situation confuse et compliquée nous devons tirer le meilleur parti, car le pays va devenir de plus en plus ingouvernable et donc de plus en plus violent pour réprimer les justes revendications populaires.

Accumuler des forces patiemment, de manière méthodique, préparer le terrain, telle est la première phase du long combat qui nous attend.


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