La question de l'Etat et du pouvoir

c2p.jpgC'est quelques réflexions sont dédiées aux milliers de Communards massacrés par l'ignoble République.

''Ont-ils jamais vu une révolution, ces messieurs ? Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit; c'est l'acte par lequel une partie de la population impose sa volonté à l'autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit maintenir son pouvoir par la peur que ses armes inspirent aux réactionnaires. La Commune de Paris aurait-elle duré un seul jour, si elle ne s'était pas servie de cette autorité du peuple armé face aux bourgeois ? Ne peut-on, au contraire, lui reprocher de ne pas s'en être servi assez largement ? Donc, de deux choses l'une : ou les antiautoritaires ne savent pas ce qu'ils disent, et, dans ce cas, ils ne sèment que la confusion; ou bien, ils le savent et, dans ce cas, ils trahissent le mouvement du prolétariat. Dans un cas comme dans l'autre, ils servent la réaction.'' F.Engels.

Aujourd'hui 18 mars 2013 nous fêtons les 142 ans de la déclaration de la Commune de Paris, fait majeur dans l'histoire révolutionnaire : c'est en effet la première tentative de gouvernement ouvrier de l'histoire. Cette tentative sera impitoyablement réprimée par la toute jeune IIIe République bourgeoise : plus de 20.000 morts, le prolétariat Parisien sera décimé. D'autres Communes voient le jour notamment à Marseille, où l'ignoble Thiers s''exercera' sur le prolétariat marseillais avant d'écraser ses frère parisiens. Comme témoignage, nous avons la célèbre chanson en occitan « O libertat », que nous vous mettons en lien. Cet hymne du poète plébéien marseillais Victor Gélu sera chanté les ultimes instants de la résistance dans la préfecture de Marseille aux mains des Communards. Jules Ferry le 'grand homme de gauche' sera du côté des Versaillais, nom donné aux gouvernement de la réaction. Nous ne décrirons pas ici l'histoire des glorieux 100 jours de la Commune, vous trouverez ces jours-ci des articles historiques complets sur le web. Nous désirons nous arrêter sur la question qu'elle a soulevé et que, 142 ans après, le mouvement révolutionnaire n'a toujours pas élucidé, celle de la question du pouvoir et de l'État.

Durant la Commune, Karl Marx s’aperçoit en pratique des limites de l'action des révolutionnaires. Nous citerons ici Lénine, citant lui-même K. Marx dans un classique du léninisme, ''L'État et la révolution''.



 "La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres étaient naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière."

"Au lieu de continuer d'être l'instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'échelle, la fonction publique devait être assurée pour des salaires d'ouvriers. Les bénéfices d'usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes... Une fois abolies l'armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l'outil spirituel de l'oppression, le "pouvoir des prêtres"... Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de leur feinte indépendance... ils devaient être électifs, responsables et révocables."

Ainsi, la Commune semblait avoir remplacé la machine d’État brisée en instituant une démocratie "simplement" plus complète : suppression de l'armée permanente, électivité et révocabilité de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en réalité, ce "simplement" représente une œuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres foncièrement différentes. C'est là justement un cas de "transformation de la quantité en qualité" : réalisée de cette façon, aussi pleinement et aussi méthodiquement qu'il est possible de le concevoir, la démocratie, de bourgeoise, devient prolétarienne; d’État (=pouvoir spécial destiné à mater une classe déterminée), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, à proprement parler, un État.

Mater la bourgeoisie et briser sa résistance n'en reste pas moins une nécessité. Cette nécessité s'imposait particulièrement à la Commune, et l'une des causes de sa défaite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de résolution. Mais ici, l'organisme de répression est la majorité de la population et non plus la minorité, ainsi qu'avait toujours été le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salarié. Or, du moment que c'est la majorité du peuple qui mate elle-même ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un "pouvoir spécial" de répression ! C'est en ce sens que l’État commence à s'éteindre. Au lieu d'institutions spéciales d'une minorité privilégiée (fonctionnaires privilégiés, chefs de l'armée permanente), la majorité elle-même peut s'acquitter directement de ces tâches; et plus les fonctions du pouvoir d’État sont exercées par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient nécessaire. »

Pour K. Marx, l'erreur essentielle est de ne pas avoir brisé, démoli la "machine de l’État" : il ne faut pas se borner à ''prendre celle-ci toute prête'', mais bien la réduire à néant pour qu'il ne reste plus rien de l'ancien. La question qui vient immédiatement après, c'est, sans vouloir paraphraser Lénine, ''Que faire ?'' : voyons quelles sont les deux tendances qui s'affrontent. D'un côté nous avons la tradition anarchiste qui nous dit qu'il faut abolir l’État ; et de l’autre, la tradition marxiste, qui propose une étape entre le communisme et le capitalisme : le socialisme. Le socialisme, c'est la phase de transition historique où les moyens de productions vont être socialisés et où la classe bourgeoise va être détruite en tant que classe. Ce système politique se nomme la « dictature du prolétariat ». Voilà bien un terme qui fait grincer des dents et trembler les démocrates... Mais qu'est-ce donc que cette dictature ? La dictature du prolétariat, c'est en fait la démocratie du grand nombre (les exploité-e-s) qui exercent une dictature sur les exploiteurs, la classe bourgeoise, les capitalistes : la minorité. Une révolution est par définition une somme d'actes dictatoriaux. La socialisation des moyens de productions, c'est à dire l'expropriation (sans indemnités, bien entendu) de la propriété capitaliste (usines, banques, grandes propriétés foncières etc.) n'est-il pas un acte de dictature ? L'interdiction aux contre-révolutionnaires de participer à la vie politique n'est-elle pas un acte de dictature ? N'est-ce pas un acte de dictature quand, par exemple, dans une quelconque assemblée (ouvrière, étudiante etc), la majorité empêche les 'jaunes' de s'exprimer et d'exercer leur influence néfaste sur les personnes mobilisées en lutte ? Où quand une minorité d'étudiants bloquent une fac pour dénoncer l'inertie de la masse, ou une route, ou un péage etc. ? Les exemples sont légions, les personnes qui luttent le savent.

K.Marx l'a formulé de cette façon :

'' les ouvriers doivent-ils, en renversant le joug des capitalistes, "déposer les armes" ou les utiliser contre les capitalistes afin de briser leur résistance ? Or, si une classe fait systématiquement usage de ses armes contre une autre classe, qu'est-ce donc sinon une "forme passagère" de l’État ?''



eta.jpgDans le sens où l’État est l'instrument politico-militaire et idéologique d'une classe. Tout révolutionnaire sincère ne peut nier, ou balayer d'un revers de main cette question. Derrière la volonté anarchiste d'abolir l’État s'inscrit la défaite automatique de la révolution dès sa naissance. De plus, aux apports de K. Marx, F. Engels et V.I. Lénine, nous nous devons d'ajouter la question soulevée par A. Gramsci avec la question de l'hégémonie culturelle. Une organisation sociale (rapports de production et ensemble des rapports sociaux sur le 'socle' d'un mode de production) ne tient pas seulement par le biais de la répression, de la peur, cela ne serait pas possible - ou seulement sur une courte période ; mais aussi (et surtout dans les pays impérialistes, capitalistes avancés) par la domination idéologique, par l'hégémonie intellectuelle (conception du monde) de la classe dominante, imposée et diffusée par elle. L’État est souvent vu comme un organe indépendant, 'neutre', garant de l''intérêt général' (conception typique de la bourgeoisie, issue des révolutions hexagonale de 1789-1815, nord-américaine de 1775-83, anglaises du 17e siècle etc.), et non pas comme l'instrument idéologique et politique de la classe dominante. Cette erreur induit le fait que, dans tous les pays capitalistes avancés, une grande part du mouvement ouvrier/populaire organisé s'en 'remette' à l’État, comme 'arbitre'. Dans notre État bleu-blanc-rouge en particulier, la 'République' (bourgeoise !) est une vache sacrée, elle n'est jamais mauvaise, mais n'a que de 'mauvais gouvernants', comme le Roi, au 16e ou 17e siècle, n'était jamais mis en cause personnellement : il n'avait que de 'mauvais conseillers'.

Mais cette erreur fait, aussi, que beaucoup (conception anarchiste ou semi-anarchiste) pensent que la destruction de l’État réalisera le communisme. Selon A. Gramsci, détruire l’État ne suffit pas, il faut réaliser une révolution plus profonde encore, une révolution des mentalités, des comportements, détruire toutes les façons de penser, d'agir, impulsées par la classe dominante. La société civile est, à la différence de la société politique (l’État et les moyens de coercition), l'ensemble des moyens que la classe dominante met en action (école, université, médias etc.) pour légitimer leur pouvoir, le but étant bien sur de réussir à nous convaincre de cette légitimé. Donc, nous pouvons bien détruire la société politique (l’État) ou prendre son contrôle, mais restera incrusté dans le peuple l''ancien monde' : l'ensemble des conceptions, des rapports sociaux sous-tendus par le capitalisme et impulsés par sa classe dominante (la bourgeoisie) ; et toute l'histoire du 'socialisme réel' (tentatives de transition socialiste vers le communisme) au siècle dernier montre que sur la base de ces superstructures (ce que rejette absolument l''orthodoxie' tant 'stalinienne' que trotskyste) peut très facilement être restaurée l'infrastructure du mode de production capitaliste, car une économie 'socialisée' depuis 10, 20 ou même 30 ans est un édifice extrêmement fragile, de la fragilité d'un château de cartes.

Il nous faut donc commencer dés aujourd'hui à bâtir une nouvelle société civile basée sur l'idée du communisme (égalité intégrale, libre association des producteurs etc), la société civile prolétaire, le contraire dialectique de la société civile actuelle (individualisme, profit, acceptation du capitalisme comme unique système etc.). C'est ce que le mouvement communiste a tenté en Chine avec la Révolution Culturelle.

L'abolition du pouvoir de l’État ne peut donc se décréter, ou, comme certains l'avancent, l’État ne peut se nier : ''Si nous nions le pouvoir et l’État, il n'aura plus de prise sur nous, alors il disparaîtra de lui même'', avancent-ils. Cela n'est pas possible tant que la propriété privée des moyens de production ne sera pas abolie et ces moyens socialement détenus, simplement parce qu'une société ne vit pas d'eau pure et de pain, les êtres humains ont de nombreux besoin qui sont aujourd'hui partiellement et de manière imparfaite comblés par le système capitaliste.

A. Badiou dans« Le Réveil de l'Histoire » apporte une intéressante contribution à ce débat fondamental : il nous décrit une vision très répandue dans les milieux d'extrême-gauche, surtout alternatifs et anarchistes, voulant que les pratiques démocratiques populaires en action lors des mouvements (un quelconque mouvement social sur la Terre) pourraient former un paradigme de la futur société. Sauf que, comme l'a fait remarquer K. Marx, il y a un abîme entre la démocratie émeutière (des mouvements) et le système routinier propre à un État et à n'importe quelle administration. Dans le feu de l'action tout le monde prend la parole, discute, décide en commun, avec une exaltation, une envie pouvant abattre des montagnes. Mais ce moment passé, nous le savons, le feu retombe, seuls les plus déterminés restent et souvent maintiennent une coquille vide dénommée assemblée, constituée de quelques braises mais de beaucoup de cendres froides. Nous, révolutionnaires, avons tous connu ce temps mort propre à la fin d'un mouvement ; nous l'avons connu car bien souvent nous ne comprenions pas le sens dans lequel avance l'histoire. Mais cela est une autre histoire.

La question de l’État au service de la révolution doit donc être comprise comme le pouvoir de la majorité sur la minorité, qui est exactement l'inverse de la 'démocratie' capitaliste qui est la dictature de la minorité sur la majorité. Voilà ce que nous dit K. Marx comme réponse au système parlementaire bourgeois :

"Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait "représenter" et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d'ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises."

L'Assemblée nationale de notre belle République n'est qu'un enfumoir et un salon de thé peu accueillant, un spectacle de divertissement nécessaire pour donner l'image du débat et de la démocratie. La vérité est que rien n'est décidé dans ce conclave miteux, tout se fait en coulisse par des professionnels de l'administration, de la gestion, ce que l'on appelle les 'technocrates'. La Commune, écrit Marx, devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. Un endroit où chaque élu est révocable et est mandaté et jugé sur ses actions. Donc, pas de possibilité de création d'une 'classe politique', excroissance politique de la classe capitaliste.

Maintenant, essayons de savoir comment éviter l''étatisation' de cette révolution comme cela a pu se produire en URSS. Certains nous diront que c'est propre à la vision marxiste de l’État, d'autres vont dire que c'est la période de Staline, d'autres que ce sont les révisionnistes après 1953. Ce qui est certain, c'est qu'il s'est produit une fusion du Parti et de l’État et la perte de pouvoir des soviets, c'est à dire de la démocratie du peuple. En somme, l'intellectuel organique collectif où se construit l'idéologie (le Parti) à fusionné avec la société politique (l’État) et a privé la société civile (les soviets) d'un contrôle du bas vers le haut. C'est là que réside la principale question de notre époque. Cet État est devenue un État réactionnaire, tandis que le Parti s'est bureaucratisé et que les soviets sont devenues une coquille vide remplie de cendre froide. Tout cela n'a pas permis l'apparition d'un mouvement communiste propre à transformer la société dans le sens d'une société communiste : égalitaire, sans classes ni exploitation, et donc... sans État. Car sans mouvement communiste, pas de possibilité d'aller vers le communisme.

Il faut avouer que cette équation est extrêmement compliquée à résoudre et seules les expériences futurs nous permettront de nous confronter à cela. Mais il nous faut déjà y réfléchir, car c'est là un des enjeux importants de la nouvelle phase révolutionnaire qui s'amorce : éviter, tout simplement... que les pouvoirs révolutionnaires, que le mouvement communiste du 21e siècle mettrait en place ici ou là, ne se transforment, comme au 20e, en instruments d'une 'caste' privilégiée, de ce que l'on peut appeler un 'capitalisme d’État' (pas de propriété privée des moyens de production 'officiellement', mais l'exploitation des travailleurs au bénéfice de la 'caste' est la même...), et finalement, de restauration pure et simple du capitalisme 'normal', les 'aparatchiks' se transformant en 'oligarques'.

Certains affirment que c'est la question du Parti de forme léniniste qui est en cause. C'est pourtant (hélas ?) la forme la plus efficace pour lutter, pour construire un instrument commun puissant, efficace, discipliné, à même d'accomplir la tâche historique de la révolution. Certes, le centralisme démocratique tel qu'il a été appliqué a échoué, il a engendré une bureaucratie vieillissante avec à ses pieds une armée 'communiste' qui, une fois la supercherie dévoilée, s'est évaporée. Mais paradoxalement, les 'organisations' désorganisées sont aussi l'antithèse de l’efficacité et de la démocratie : une décision est prise, personne ne la respecte, tant pis...

Nous voyons, déjà, dans le renouvellement permanent des cadres et de la direction une nécessité : certes tout le monde ne sera pas cadre ou dirigeant, cela sera au Parti de choisir selon les capacités, l'innovation, le dévouement à la cause et la motivation ; mais il faut éviter au maximum que certains individus 'fassent souche' dans des postes 'à responsabilité', qui avec le temps se transforment inévitablement en postes 'à privilèges'. La critique dans l'unité (bien sûr) est aussi l'un des aspects nécessaires : le 'juge' de chaque action doit être la pratique, mise en avant pour éviter de foncer tête baisser, suivant le principe : théorie-pratique-nouvelle théorie. La théorie des deux lignes, c'est à dire la nécessité de reconnaître que dans toute organisation révolutionnaire il y a deux lignes qui s'affrontent, l'une formée d''idées justes' servant la marche vers le communisme, l'autre d''idées fausses', 'anciennes', et d'influences de la classe dominante, qui favorisent l'embourgeoisement d'une partie de l'organisation, et à terme de sa direction (c'en est alors fini...). Tout cela est une nécessité pour, justement, créer une véritable démocratie partidaire.

Revenons à l'expérience du premier État prolétarien de l'histoire et à son principal problème. Premièrement, nous devons signaler que les deux grandes révolutions, la seconde étant la révolution chinoise, se sont déroulées dans des pays sans aucune tradition démocratique (pratiquement sans société civile) et dans des conditions de guerre d'où la nécessité d'une militarisation accrue, de la clandestinité etc. Cela revêt pour nous un caractère fondamental. Et deuxièmement, que ces deux révolutions ont été différente pour plusieurs raisons et que surtout, dans l'histoire, aucun phénomène ne se répète à l'identique.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont les deux principaux leaders révolutionnaires de la première révolution Allemande qui fut écrasé par la 1er République Allemande aux mains des Sociaux-démocrates.

Rosa Luxemburg c'est opposé à Lénine sur la vision de la lutte à mener, notamment en mettant en avant la spontanéité des masses et la question du Parti. Ses thèses ont été repris par les conseillistes notamment qui nient le besoin d'une organisation tel que le parti communiste. Il est intéressant de rappeler que les idées de Rosa ont évolué dans la pratique de la révolution en Allemagne. Un de ses derniers écrits avec s liquidation par les contre-révolutionnaire va dans se sens, écoutons-là :

'L'absence de direction, l'inexistence d'un centre chargé d'organiser la classe ouvrière berlinoise, ne peuvent plus durer. Si la cause de la révolution doit progresser, si la victoire du prolétariat, si le socialisme doivent être autre chose qu'un rêve, il faut que les ouvriers révolutionnaires mettent sur pied des organismes dirigeants en mesure de guider et d'utiliser l’énergie combative des masses'

'Rote Fahn' du 11 février 1919

Rosa Luxemburg

Tout est dit.

len.jpgEn URSS, pour diverses raisons, une société civile socialiste en marche vers le communisme n'a pas pu éclore. Peut-être que les raisons en ont été les pratiques de la clandestinité héritées du temps du Tsar et de la violente guerre civile, mais aussi la méfiance du pouvoir bolchévik (malgré l'insistance de Lénine sur cette question) vis-à-vis de la paysannerie qui était l'immense majorité de la population, et certainement la croyance que l''Humain nouveau' socialiste pouvait survenir sur une courte période. Pour A. Gramsci, la construction d'une nouvelle société civile qui accouche d'une nouvelle humanité est un long processus, et nous ajouterons : un processus en mouvement. La croyance quasi dogmatique que les rapports de productions et le niveau des forces productives (l'infrastructure) seuls font une société, la fameuse théorie des forces productives, a réellement été l'un des racines les plus profondes de l'échec des expériences socialistes au 20e siècle : pour les 'staliniens', faire 'rattraper' le 'haut niveau d'organisation sociale' (Parti marxiste-léniniste au pouvoir, 'pouvoir des soviets', propriété privée des moyens de production abolie) par le niveau des forces productives 'justifie tout' ; les exigences de la production et de l''efficacité' justifient le maintien voire le renforcement de la division du travail, des vieux rapports sociaux, etc., qui devraient 'disparaître d'eux-mêmes' avec (justement) le développement des forces productives ; l'affirmation maoïste du contraire est rejetée car 'voyons !', 'la superstructure ne peut pas modifier l'infrastructure', et la restauration capitaliste ne peut être le fait que d''agents' infiltrés dans le Parti (reste à expliquer comment un 'génie' tel que Staline avait bien pu s'entourer de tant d''agents' de la contre-révolution...). Pour les trotskystes, la question ne se pose pas, puisque de toute façon un 'bas' niveau des forces productives rend la révolution impossible ou vouée à la 'dégénérescence bureaucratique', à moins que la révolution ne gagne rapidement des pays plus avancés.

Certes, nous n'ignorons pas les immenses difficultés qu'a connu la République soviétique, outre la tentative d'annihilation de la bourgeoisie lors de la guerre civile ou encore les tentatives de sabotage, la montée du fascisme en Europe, le retard économique et l'intense lutte de classe entre les vieilles classes renversées et le nouveau pouvoir. Mais nous ne pouvons qu'être plus que sceptiques, quand certain disent que l'URSS d'avant 1953 était le paradis et que d'un coup d'un seul, tout se serait écroulé. C'est peut-être possible, même si nous en doutons fort, mais à cela nous répondrons :

  1. Que si tel était le cas, il n'y avait pas de démocratie des soviets, sinon le peuple n'aurait jamais accepté le retour en arrière ;

  1. Donc que le centralisme démocratique ne fonctionnait pas en URSS ;

  2. Que c'est une aberration que la vie et la mort d'une révolution dépende de la présence en ce 'bas monde' d'un seul homme (bon ou mauvais).

Nous pensons que tout communiste sincère devrait réfléchir sérieusement à ces trois réflexions.

Nous pensons donc que l'erreur première est de ne pas avoir su développer cette société civile socialiste à même de prendre petit à petit le contrôle idéologique et politique de l’État via les assemblées. Dans le cas de nos pays au capitalisme développé existe une forte société civile, qui pour l'instant nous échappe, mais qui par notre action politique et celle de l’évolution extérieure (la crise) va quitter de plus en plus le giron idéologique de la bourgeoisie et, si les communistes sont suffisamment conséquents pour y étendre le leur et mobiliser les masses dans le sens de la révolution (en les arrachant à la mobilisation pseudo-révolutionnaire du fascisme), pourrait devenir à la fois l'assise et le garde-fou, la base et le contre-pouvoir de l’État révolutionnaire – ce que défendait, finalement, Lénine contre Trotsky, qui voulait faire des syndicats et des soviets des instruments d'encadrement militaire de la production : Lénine affirma à cette occasion que OUI, la classe ouvrière, les travailleurs, PEUVENT avoir des contradictions avec l'État révolutionnaire, qui ne PEUT PAS être purement 'prolétarien' (reflet 'parfait' des intérêts de classe du prolétariat). Cette société civile permettra l'apparition d'un mouvement vers le communisme impulsé au début par le Parti – ce qui sera sa tâche fondamentale. Plus cette société civile sera développée, plus elle pourra être à même de remplir les tâches d'un intellectuel organique collectif, moins l'existence du Parti sera nécessaire et plus il dépérira. Car le Parti, dans les premiers temps de la révolution est nécessaire pour impulser, synthétiser les expériences et les idées, mais dés lors qu'existe le mouvement de la société civile vers le communisme, il devient superflu et peut même prendre les formes de la réaction – lorsque certain-e-s, et c'est sans doute inévitable, ne voudront pas perdre l''importance sociale' que leur donne leur statut de 'cadre' du Parti et de la révolution.

Cette société civile socialiste, qui sera en fin de compte le mouvement de la société vers le communisme, permettra petit à petit au communisme d'apparaître. Cela se fera par des avancées, des innovations, à tâtons certainement, et avec des erreurs à coup sûr.

La société politico-militaire, l’État, devra dans tout cela voir résolue la question (les contradictions) de son rapport avec le Parti – pourquoi pas être placé sous le contrôle des assemblées populaires de base, dans lesquelles le Parti est un 'dynamiseur' et un 'impulseur' en direction du communisme, mais qui ne doivent pas être des 'chambres d'enregistrement' des décisions du Politburo. L’État pourrait avoir comme principale fonction la défense de la révolution et l'appui à la socialisation des moyens de productions, etc. Il pourrait laisser au Parti les tâches d'instrument idéologique (construction d'une société civile/'humanité nouvelle' socialiste), pour éviter toute 'confusion des genres' avec celui-ci, et notamment, toute confusion (critique maoïste du 'stalinisme') entre traitement des contradictions au sein du peuple (non-antagoniques), 'traitées' par le Parti intervenant dans les assemblées populaires, et traitement des contradictions avec les ennemis du peuple (la contre-révolution organisée pour agir), contradiction antagonique relevant de la coercition, donc de l’État. Ce ne sont là que des pistes de réflexion ; mais réfléchir à cette claire répartition des tâches entre Parti, assemblée (de base, régionales etc.) et État (appareil d'administration et de coercition) est une nécessité impérieuse pour le nouveau mouvement communiste de notre 21e siècle.

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