La question du travail

La question du travail



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Depuis quelques années, la question de la valeur travail revient très fortement dans la bouche de nos dirigeants politiques de droite comme de gauche. « Il faut redonner son sens au travail, lui redonner sa vrais valeurs » : Nicolas Sarkozy en avait fait l’un de ses cheval de batailles.

Mais que représente la valeur travail dans des sociétés où les forces productives sont extrêmement développées, comme l'État français en 2013 ? Pourquoi une telle volonté de faire ressortir ce type de valeurs et bien d'autres, la famille, l’Église etc. ?


Nous voyons de plus en plus de gens, notamment dans la jeunesse des classes populaires et moyennes, qui rejettent de plus en plus cette valeur.

Nous parlons bien ici de la VALEUR travail, c'est à dire de ce qui relève du champ idéologique ; pas du fait de produire. Produire, tout le monde en conviendra, est une nécessité ; mais le travail en tant que valeur a, lui aussi, peu à peu réussi à devenir nécessité. La valeur travail dans l'économie capitaliste, c'est à dire le travail salarié, n'a pas toujours été du domaine idéologique

taf-1.jpg  Au XIXe siècle, lorsque se produisit le grand encasernement des paysans dans les usines, la mécanisation, la rationalisation de l'outil productif et de la force de travail, le travail salarié, encadré (subordonné), à horaires fixes et bien délimités, n'était pas encore une habitude, c'est à dire quelque chose de consenti et vécu de manière normale. D'où le besoin d'utiliser la coercition : interdiction des grèves et des syndicats, des associations ouvrières, construction de hauts murs autour des usines pour éviter l'évasion, répondaient au sabotage massif de l'outil de production, à l’absentéisme, à la faible productivité etc. Un mouvement tel que les luddites, en Angleterre, a été en ce sens un refus du travail salarié.

Mais, peu à peu, le travail est passé du domaine de la société politique, c'est à dire du besoin de l'État et de son pouvoir coercitif pour le faire accepter, à celui de la société civile, de l'habitude, du consentement, donc de l'idéologie. Cela a été rendu possible par de grandes luttes par lesquelles le prolétariat à arraché des conquêtes de civilisation, mais aussi parce que la classe dominante ne peut se maintenir indéfiniment sans redistribuer un minimum l'immense accumulation de richesse due au capitalisme. Une classe ne peut asseoir son hégémonie seulement par la force, elle doit aussi convaincre de l'universalité de son rôle, car elle ne peut convaincre tout le monde dans une classe sociale. L'État éduque, formate idéologiquement, par le biais de l'école mais aussi des organismes privés, notamment l'entreprise.

Pour K. Marx, le travail doit être un acte d'élévation dans une société communiste et socialiste, il doit être libérateur : cela doit être une nécessité de produire pour développer une société à un niveau socialement et culturellement supérieur. Mais les expériences socialistes, pour diverses raisons, ont jusqu’à présent échoué et les expériences communistes n'ont jamais existé, donc aujourd'hui se repose la question du travail.

Les Partis communistes ont aussi participé à l'idéologisation du travail en en faisant une valeur positive, de fierté : la fierté d'être ouvrier, la fierté du travail bien fait etc. C'était une valeur positive car, à ce moment-là, la classe ouvrière prenait peu à peu conscience de son rôle historique. Elle cessait d’être une classe en soi pour devenir une classe pour soi, passant de la nécessité à la possibilité de faire la révolution. Les PC jouaient leur rôle de constructi

on de l'hégémonie ouvrière. Mais, avec la dégénérescence de tous les PC en Occident, avec la fin de la première vague de la révolution prolétarienne et l’offensive idéologique sans précédent de la bourgeoisie pour reconquérir son hégémonie totale, la valeur travail est devenue un instrument de soumission encore plus fort.

Pourquoi la bourgeoisie, aujourd'hui, alors que la partie semble gagnée, mène une offensive idéologique réactionnaire ?

Quel regard sur le travail doit porter un mouvement communiste révolutionnaire en renaissance ?

Il nous semble que la bourgeoisie a fait un mauvais calcul historique en 1989 : avec la chute de l'URSS, elle a cru assurer sa victoire définitive. Sauf que, 30 ans après, elle se rend compte que non seulement elle n'a pas gagné mais qu'avec la seconde crise générale du cap

italisme, le spectre du communisme est en train de revenir au galop. Elle a laissé se désagréger la qualité de son hégémonie culturelle, de ses valeurs ; elle ne produit plus de grands intellectuels, le discours politique est vidé de son sens. Nous sentons tous bien que c'est une phase de décadence qui s'amorce. Le système social-libéral, c'est à dire la démocratie capitalistico-parlementaire alliée avec un haut degré de civilisation, a été encouragé par la classe dominante tant que le danger communiste était présent. Après sa victoire historique (mais momentanée) sur le mouvement communiste international, elle a pensé possible de démanteler peu à peu le ‘consensus’ social que les luttes avaient créé au fil des 60 dernières années. Cela a été la phase de libéralisation (‘néolibéralisme’, ‘Fin de l’Histoire’), avec comme nécessité l'utilisation de la société politique, de l’État. Avec cette privatisation massive des organismes, notamment de production, et la diffusion idéologique vouée au seul règne de l'argent et de la ‘réussite’ capitaliste (les sinistres ‘années fric’ ou ‘années Tapie’), le niveau intellectuel s'est abaissé de manière rapide. Des universités bourgeoises ne sortent plus de grande pensée, ou de grand intellectuel à même de diffuser l'idéologie de la classe dominante.


chaplin-1.jpgCette phase de libéralisation a aussi développé d'une manière qui, aujourd'hui, affole la

classe dominante, les populations surnuméraires ; c'est à dire, la force de travail en trop, qui n'est pas rentable. Le chômage de masse est une constante de nos sociétés depuis la fin de la seconde grande accumulation capitaliste des années d'après guerre, avec la seconde crise générale du capitalisme. Jusque là, la bourgeoisie avait les moyens financier d'acheter la tranquillité sociale (sans pour autant avoir forcément le consentement des masses). Tel était le rôle des minima sociaux, et des aides diverses. Avec l'accentuation de la crise, les caisses sont vides, et il n'est pas (encore ?) possible d'utiliser la méthode des pays en voie de développement, où 10 travailleurs occupent le poste d'un travailleur ici en Europe, du fait des salaires minimums hauts imposés par les dures luttes sociales du siècle dernier. Et, en parallèle, la crise du capitalisme fait baisser de manière tendancielles les salaires réels, d'où le nouvel indice du pouvoir d'achat qui est en fait l'impuissance de la bourgeoisie à sortir de ses propres contradictions.

Il faut remarquer que la classe dominante a gagné une bataille importante en abaissant aussi le niveau de conscientisation révolutionnaire des masses et en tentant d'invalider la possibilité de la révolution communiste. Par ses puissants canaux de diffusion idéologique (école, fac, télévision, radio, presse, livre etc .), elle les a dépossédées du vocabulaire qui permettait de comprendre la conception communiste du monde. Aujourd'hui, plus personne n'est prolétaire, il n'y a plus de classe ouvrière, utiliser le terme de ‘masses’ c'est rabaisser le doux peuple, le communisme c'est pire que le nazisme, etc. La liste serait trop longue mais cela nécessiterait un approfondissement. Ils n'ont certes quand même pas réussi a supprimer le terme de classes sociales, bien que nos sociologues passionnés les aient tant atomisées que cela ne veut plus rien dire : on est classe moyenne de 1200 à 6000 euros par mois... Ils ont donc tenté par cette offensive idéologique d'invalider le marxisme. Car la bourgeoisie sait bien que la seule idée qu'elle doit craindre, c'est le marxisme et son application : le communisme. Mais c’était peine perdue, car comme le disait Gramsci, les classes sociales comme les individus sont en mouvement, ils font des choix, ils ont un degré de compréhension, c'est ce que l'on nomme le « bon sens ». C'est à dire que, même si le niveau d'hégémonie intellectuelle dominante est à son apogée, les individus et les classes sociales ne sont pas passifs, ils analysent un minimum, voient les pièges. C'est dans ce sens que Mao disait que la vérité est toujours dans les masses. Évidemment, le « bon sens » ne conduit pas forcément vers la révolution, mais il permet cette hypothèse. Aujourd'hui, de nombreux termes sont de moins en moins tabous, notamment le terme ‘communisme’, Marx est ré-étudié etc.

Donc, 30 ans après, la classe dominante se rend compte partiellement de cette erreur, elle tente de faire machine arrière, en essayant par le biais d'une offensive idéologique réactionnaire de remettre en selle des valeurs qu'une partie de la société en fin de compte rejette. Ces 30 dernières années, elle avait tenté de faire de l'argent LA valeur phare de sa contre-révolution, dollard.jpgmais cela marche seulement quand une société est prospère : le SMIC ou le travail intérimaire ne sont pas un bon véhicule de cette valeur... Elle nous ressort donc les bonnes vieilles recettes, de la famille, de la patrie, du travail, de la religion etc. Soyons clairs, il est peu sûr que cela réussisse, c'est à dire que la bourgeoisie regagne une hégémonie telle qu'elle nous ferait accepter la crise comme une fatalité avec laquelle elle n'a rien à voir. La société civile c'est délitée, mais elle reste très forte dans l'État français, ce qui laisse une marge de manœuvre.

Mais que se passe-t-il donc si les tensions deviennent trop fortes dans la société, et que de plus en plus de gens se détachent de cette hégémonie culturelle dominante, que la bourgeoisie perd le contrôle de la société civile ? Si elle perd le contrôle de la ‘société civile’, c’est à dire des masses laborieuses qu’elle a jusqu’ici réussi à maintenir dans l’enclos de sa conception du monde, elle peut perdre le contrôle de la société politique, c'est à dire de l'État. Dans ce cas-là, il lui reste la force de coercition, c'est à dire la répression : c'est dans ce cadre là qu'il faut comprendre la boulimie de lois liberticides, la bourgeoisie prépare l'appareil politico-militaire à une riposte brutale dans le cadre légal de sa démocratie. ET, parallèlement, elle tente de diviser les classes sociales et les individus qui auraient tout intérêt à s'allier, ouvriers, populations immigrés, classe moyenne en déclassement, paysannerie pauvre, travailleurs du tertiaire, etc. Elle attise la haine de l'immigré, du fonctionnaire, du jeune, pour redonner à l’État et donc à la bourgeoisie son rôle universel de pompier. Et elle regroupe autour d'elle les classes subalternes qui ont à perdre dans une trop grande désagrégation de la société et qui ont besoin de l'État pour préserver leur petit intérêt corporatiste et SURTOUT la propriété privée.


Dans ce sens, la bourgeoisie prépare le pas ultime qui lui permettrait de sauver ses intérêts pécuniaires , la contre-révolution, le fascisme. Le fascisme a été défini par l’Internationale communiste de Georgi Dimitrov comme «dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier (bourgeoisie monopoliste)». Le fascisme, c'est l'acceptation par la bourgeoise capitaliste de renoncer à son système politique « démocratique » pour une certaine période, pour faire fusionner la société civile et politique dans le même corps coercitif et idéologique : le fascisme est, en somme, la concentration de la société civile et de la société politique dans l'État. Son rôle historique sera l'extermination physique des éléments révolutionnaires, la reprise en main de la société civile à grand renfort de propagande, de contrôle des universités, d'interdictions de toutes expressions politiques différentes, etc. Tôt ou tard ce processus se termine, car le fascisme n'est pas un système viable sur le long terme ; généralement lié à une situation de crise (économique, sociale et/ou politique), il rend le pouvoir à la ‘démocratie’ bourgeoise, ou s’institutionnalise dans le ‘conservatisme social autoritaire’, plus ‘débonnaire’, une fois les oppositions brisées, la situation ‘stabilisée’ et la ‘gouvernabilité’ revenue. L'action pacificatrice militaire est la plus efficace sur une courte durée mais la vraie pacification, c'est la reprise en main idéologique de toutes les classes sociales derrière l’idéologie ‘clé de voûte’ de l’appareil dominant. Beaucoup de pays d'Europe et du monde ont connu ce type de régime ultra-violent de plus ou moins longue durée, de plus ou moins grande intensité.

adg.pngEn Grèce, la société civile est historiquement faible, les classes dominantes ont par deux fois eu recours au fascisme, lors de la guerre civile et avec la période dite des Colonnels. Mais aujourd'hui, alors que la situation est explosive et que la société civile rejoint partiellement la haine du capitalisme, il n'y a pas de force révolutionnaire organisée à même de préparer la prise de pouvoir. Il n'y a en fait pas de Parti communiste révolutionnaire conscient de sa tâche historique. Nous voyons là les faiblesses de l'anarchisme, qui ne sait pas quoi faire d'une telle situation. Alors que l'État se maintient par la coercition et par une société civile faible, mais existante tout de même, avec notamment la « peur du désordre » qui fait hésiter beaucoup de monde à basculer dans le camp révolutionnaire, il n'y a plus d'organisation à même d'amener de la nécessité à la possibilité d'une révolution. Et, en miroir de cela, c'est la montée d'organisations paramilitaires style Aube dorée, à même de redonner à l’État une légitimité (il vaut mieux nous que les nazis) tout en lui servant d'auxiliaires de police. Ce qui nous fait dire qu'en Grèce, comme ailleurs en Europe, la révolution n'est pas pour tout de suite.

Que devons nous alors faire en tant que communistes ?

Sur la question du Travail, nous ne pouvons pas dire aujourd'hui aux personnes qui refusent le travail salarié que ce n'est pas bien car c'est un fait, le travail est aliénant, dégradant dans la société capitaliste. Il n'y a pas beaucoup de dignité à travailler pour 1000e en 3/8 à l'usine. Mais parallèlement, des millions de personnes y sont forcées par nécessité, nécessité de se nourrir, de nourrir les enfants, d'avoir un toit, d'avoir accès à la culture etc. D'autres encore y trouvent leur compte.

En tant que communistes, nous devons gagner les « déserteurs » de ce système à la nécessité d'une révolution et à sa possibilité. Nous devons combattre pour stopper l’érosion des acquis de civilisation et la destruction de l'appareil productif, mais toujours dans la perspective qu’il s’agit seulement d’un pas et qu'il faut prendre conscience de la nécessité d'une révolution.

Nous devons organiser le plus de monde possible en ce sens.

Nous devons comprendre le moment actuel, l'analyser et en sortir un plan d'action.

Nous devons combattre tout ce qui peut nous diviser et développer les solidarités dans et entre les classes opprimées.

Il est aussi extrêmement important de faire surgir une nouvelle vague d'intellectuels organiques (c'est à dire révolutionnaires), organisés dans l'intellectuel collectif qu'est le Parti communiste, seul à même de conscientiser les classes sociales dominées à la révolution. Cela permettra d'affaiblir la ‘société civile’, socle que la classe dominante donne à son pouvoir, de détruire le mythe la ‘démocratie’ (toute formelle) et de porter notre conception du monde, nos valeurs, notre éthique communiste.




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Commentaires (2)

1. redoccitania (site web) 03/03/2013

OK mercés lo cassa colha !:D
la peca que sera corrigida

2. Sami Lo Gos 02/03/2013

"sa vrais valeurs" ? sa vraie valeur, adjectif qualificatif, féminin singulier, donc "e" final à vrai. Il est important que les occitan(e)s puissent communiquer avec leurs voisin(e)s du nord de la Loire et donc connaissent la langue de leurs voisin(e)s, les Français(e)s... Lo cacha-colhas de Limós

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